Les oeuvres d'Harun Farocki et vingt jeunes artistes algériens à voir à Nice et à Marseille

Des œuvres comme des révélateursVu par Zibeline

• 28 octobre 2017⇒18 mars 2018 •
Les oeuvres d'Harun Farocki et vingt jeunes artistes algériens à voir à Nice et à Marseille - Zibeline

Par le prisme de l’art vidéo ou de la photographie, Harun Farocki et vingt jeunes artistes algériens développent une réflexion politique nourrie de leurs expériences.

Trois focus embrassent actuellement une partie de la production de Harun Farocki : la rétrospective Section/Interface au Centre Pompidou, l’exposition Empathie suivie d’un temps de rencontres, lectures et projections à la Friche la Belle de Mai et Parallèle I-IV au Mamco à Nice. Né en République Tchèque d’un père indien et d’une mère allemande, décédé à Berlin en 2014, l’artiste a légué plus de cent films, près de trente installations et de nombreux travaux théoriques que son épouse, Antje Ehmann, continue à faire vivre. À la Friche, elle réunit un corpus sur le thème du travail réalisé entre 1995 et 2014, agrémenté du projet participatif Labour in a single shot qui a conduit à la réalisation de plus de 400 films de 1 à 2 minutes dans 15 villes à travers le monde. La scénographie, sobre, sied au travail du réalisateur considéré comme « un ethnographe des espaces capitalistes de vie », attaché à disséquer, analyser et dénoncer les structures de pouvoir. Notamment celles liées au monde du travail dont il pointe les évolutions pernicieuses, les abus, les déviances par une analyse historique des conflits sociaux et de l’objet filmique lui-même (dispositif Travailleurs quittant l’usine en onze décennies). Artiste engagé, son principe d’accusation passe par le témoignage, la narration, l’empathie : quand il s’attaque aux conséquences des processus de rationalisation et d’automatisation industriels, il filme en parallèle le travail manuel en Inde et la robotisation en Europe, au plus près des gestes des ouvriers (Comparison via a Third). De ses premiers Interface marqués du sceau de Godard où il diffuse deux images simultanées sur deux écrans, aux workshops participatifs, il ne cesse d’interroger les questions de productivité et de rentabilité, l’automatisation des tâches qui bannissent la présence humaine. Même lorsqu’il s’essaye à la réalisation d’un film conceptuel, Re-Verser – Variation de l’opus 1 de Tomas Schmit inspiré de la performance de l’artiste du mouvement Fluxus, il transpose le rituel en un acte robotisé.

L’Algérie invisible

Là encore la scénographie de l’exposition Ikbal / Arrivées pour une nouvelle photographie algérienne privilégie le rapport direct à l’œuvre. De fait le projet de Bruno Boudjelal prend tout son sens : de « montrer l’émergence d’un mouvement photographique en Algérie porté par des photographes qui ne vivent pas de leur art et proposent des formes documentaire et autobiographique ». Partant du constat que « l’Algérie a été beaucoup photographiée par des regards extérieurs », il privilégie les regards intérieurs « pour rendre compte des choses qui se mettent en place ». Il se fait le passeur des regards critiques et politiques de vingt jeunes de 20 à 30 ans sur leur pays qui, contrairement à toutes attentes, n’a opéré aucune censure. Produite entièrement en Algérie, l’exposition souligne la singularité de chacun tout en concédant aux flux d’images qui circulent sur internet et les réseaux sociaux une influence formelle indéniable. Cette génération connectée traque de préférence en noir et blanc les zones périurbaines délaissées, les espaces publics interdits à l’objectif, s’immisce dans la sphère familiale et amicale, se faufile dans l’enceinte d’un stade comme seul lieu de rassemblement autorisé, met en scène des personnages réels ou fictifs. Seules quatre femmes s’imposent : Sihem Salhi, Liasmine Fodil et Sonia Merabet explorent l’espace de l’intime tandis que Lola Khalfa rencontre les « sans emploi » qui ont envie de mourir.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2017

À Marseille :
Empathie (temps 1)
jusqu’au 18 mars
Travailler / Œuvre (temps 2)
Ikbal / Arrivées pour une nouvelle photographie algérienne
jusqu’au 18 février
Exposition programmée par Les Rencontres à l’échelle
Friche la Belle de Mai

À Nice :
Harun Farocki
Parallèle I-IV
jusqu’au 14 janvier
Mamac
04 97 13 42 01
mamac-nice.org

Photo : Exposition Ikbal-Arrivées © Ramzy Zahoual

La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/