Trois créations mondiales à la ferme: un pur régal

Des notes et des motsVu par Zibeline

Trois créations mondiales à la ferme: un pur régal - Zibeline

Que de belles découvertes au Festival Musique à la Ferme ! Non seulement on a le privilège d’entendre des classiques du répertoire, mais aussi celui de rencontrer des compositeurs et leurs créations. Cette année, trois créations mondiales : trois musiciens étaient invités à s’inspirer de fables et de contes, dont le protagoniste était le loup. Cruel, calculateur, ou totalement stupide, (on aime à ridiculiser ce qui nous fait peur), le personnage du loup continue d’alimenter nos imaginaires, et le public convié, (enfin les familles entières peuvent assister au spectacle ! des enfants aux grands-parents), réagit avec un enthousiasme teinté du délicieux frisson de la peur quand c’est « pour faire semblant ».

Les textes se conjuguent à la musique ou l’inverse… Pas de surenchère ou de pléonasme, ni même d’illustration plate, chaque compositeur apporte sa sensibilité, sa palette de couleurs dans une interprétation fine et intelligente, que rend avec une belle subtilité les pianos de Jérémie Honnoré.

Phrases musicales souples, déliées, de Pascal Martines pour Le Petit Chaperon rouge : légèreté insouciante de l’enfant, notes sombres du loup, couperet de la fin tragique. Un petit bijou de musique narrative, dans la grande tradition de Prokofiev. La musicalité de la langue du XVIIème se glisse dans les orbes de la partition contemporaine. La première version du conte de Perrault est gardée, et la morale s’enveloppe d’une nostalgique sérénité… les loups à figure humaine sont les plus à craindre… et l’assistance frissonne.

Musique à la ferme dimanche 23 juillet piano jouet

Nigel Keay préfère une approche d’atmosphère, et accorde ses couleurs à la fable de La Fontaine, Le Loup et l’Agneau. Sons frottés, dissonances, pour la perfide cruauté du loup et de son argumentation perverse, douceur alerte de la scène bucolique où l’agneau se désaltère, passage délicieux au piano jouet (petite merveille de composition malgré l’étroitesse de l’instrument !) pour transcrire ses mots et son innocence (le pianiste passe du « grand » piano au « petit » puis revient au « grand », fin de l’époque de la candeur)… Mais la fable a déjà averti dans ses premiers vers « la raison du plus fort est toujours la meilleure »… bien immoral n’est-ce pas !

Musique à la ferme dimanche 23 juillet Amanda Favier

Après ces émotions tragiques, qui renvoient tant au réel, la respiration de deux pièces espiègles : Ferdinand le petit taureau (adapté par Disney en 1938 du livre pour la jeunesse de Munro Leaf, L’histoire de Ferdinand), l’histoire d’un petit taureau qui préfère les fleurs à la corrida, moment délicieux avec le superbe violon d’Amanda Favier sur la musique éloquente d’Alan Ribout. Puis, autre friandise, le conte russe traditionnel, Un loup affamé, pour lequel Benoît Menut compose un dialogue entre texte et piano. Les facéties dont le prédateur est victime, entraînent cette sempiternelle jubilation de voir vaincu l’objet des frayeurs communes. Joyeuses allusions aux danses, courante, sarabande, gigue, interrogations, retournements, art consommé de la chute… François Castang dit les différents textes avec une délectation non feinte et les rend avec une sensible intelligence. Un régal partagé pour un spectacle qui est loin d’être seulement pour les enfants, mais accessible à tous les publics.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2017

Première mondiale donnée le 23 juillet, Chèvrerie Honnoré, Lançon-Provence
Festival Musique à la Ferme

Photographies © MC