Vu par Zibeline

Exposition "I am a man" au Pavillon Populaire de Montpellier, jusqu'au 6 janvier

Des Noirs et Blancs toujours d’actualité

• 17 octobre 2018⇒6 janvier 2019 •
Exposition

Le débit de parole est chaloupé, l’allure est fière, et le costume trois pièces couleur crème d’une élégance totale. L’homme s’appuie sur une canne, debout devant un tirage grand format d’une image en noir et blanc. Légende : « Des soldats de la garde nationale bloquent l’accès à Beale Street alors que des manifestants pour les droits civiques défilent, brandissant des pancartes “I am a man” ». Le photographe, « inconnu », a déclenché la prise à Memphis, Tennessee, le 29 mars 1968. La dizaine d’hommes, tous noirs sauf un (lui ne porte pas de slogan), marche en file indienne, parallèles à la ligne de soldats casqués, fusils pointés. Les protègent-ils des contre-manifestants ? Les entravent-ils ? Il y a tant d’électricité dans l’air, tant de gravité aussi, qu’il est au premier abord difficile de trancher. James Meredith, lui, en ce jour d’octobre 2018, connaît l’histoire dans toute sa chair. Du haut de ses 85 ans, il incarne, ici à Montpellier au Pavillon populaire, de façon éclatante, la lutte qu’il a menée, avec tant d’autres illustres personnalités et des milliers d’anonymes, pour faire reconnaître les droits civiques des Noirs dans le sud des États-Unis entre 1960 et 1970. S’il est ému d’être présent à l’inauguration de cette nouvelle exposition montpelliéraine, pionnière mondiale avec cette rétrospective photo-journalistique (« Je pense que je suis en train de vivre le moment le plus important et le plus heureux de ma vie »), tous ceux qui lui font face sont bouleversés de le sentir si vivant. James Meredith fut le premier étudiant noir à pénétrer (sous escorte militaire envoyé par J.F. Kennedy) dans une université du Mississipi en 1962. Il a ensuite initié « La marche contre la peur », où il fut blessé par un tireur embusqué. Des milliers de personnes se sont alors mobilisées pour accomplir le périple à sa place.

Troisième et dernier volet de la série d’expositions historiques présentées par Gilles Mora au Pavillon populaire, I am a man (commissaire : Williams Ferris, grand spécialiste de la culture afro-américaine) rassemble un large corpus de photographies (épreuves modernes tirées d’après des documents d’archives), la plupart en noir et blanc, et pour beaucoup inédites. On retrouve Meredith sur plusieurs, Martin Luther King aussi bien sûr, mais surtout une nuée d’hommes et de femmes en action. Ils manifestent. Ils s’assoient dans des lieux qui leur sont interdits (comptoirs de restaurant, magasins…). Ils érigent des formules coup de poing en bandoulière. Ils bravent les chiens policiers. Des images qui sautent aux yeux, qui ravivent la mémoire : tout ça, c’était hier. La ségrégation, les réactionnaires, la misère assignée, le Ku Klux Klan (une session est consacrée à ce mouvement, avec des photographies proprement hallucinantes, en particulier quelques-unes en couleur, où des membres de l’organisation sont à cheval, sous leur tuniques et cagoules blanches ou rouge, dans le vert d’une forêt enchanteresse). Et malgré le noir et blanc dominant, les silhouettes de ces Noirs et Blancs revêtent malheureusement encore beaucoup les couleurs d’aujourd’hui.

ANNA ZISMAN
Octobre 2018

Photo: Will Henry Do-Right Rogers with his hand-made flag and home-made pole, Dan Budnik

I am a man – Photographies et luttes pour les droits civiques dans le sud des États-Unis, 1960-1970
jusqu’au 6 janvier 2019
Pavillon Populaire, Montpellier
04 67 66 13 46
montpellier.fr/pavillon-populaire


Pavillon Populaire
Esplanade Charles de Gaulle
34000 Montpellier
04 67 66 13 46
montpellier.fr/506-les-expos-du-pavillon-populaire.htm