Lu par ZibelineDans le recueil Thérapoésie, Mbaé Soly Mohamed rend hommage à Ibrahim Ali

Des mots pour Ibrahim

Dans le recueil Thérapoésie, Mbaé Soly Mohamed rend hommage à Ibrahim Ali - Zibeline

Le 21 février 1995, à Marseille, Ibrahim Ali, 17 ans, était tué d’une balle dans le dos par des colleurs d’affiche du Front National. Il rentrait chez lui après une répétition avec son groupe de rap. Mbaé Soly Mohamed était l’un des animateurs de ce collectif de rappeurs, les B. Vice, dans le quartier de La Savine. Il est aujourd’hui médiateur social, mais aussi toujours artiste et a collaboré avec de grands noms de la scène rap. Chaque année, lors de la commémoration du meurtre d’Ibrahim Ali, il lit un texte en hommage à ce minot arraché à la vie. Un recueil de ces vingt textes, intitulé Thérapoésie, est paru en 2015 aux éditions Cœlacanthe.

Le 16 avril dernier, Soly était à la médiathèque Nelson Mandela de Gardanne, pour une rencontre et une lecture. « À l’époque, on n’a reçu aucun soutien psychologique, explique-t-il. On nous a laissés seuls avec cette douleur. Ma seule thérapie, c’était l’écriture. »
Vingt ans plus tard, cette solitude est la même. La municipalité refuse obstinément de nommer une rue Ibrahim Ali, demande pourtant répétée sans cesse. À ce refus s’est ajouté le mépris. Un rond-point a été baptisé du nom du jeune homme sans même avoir pris soin d’en prévenir sa famille. Une façon pour la mairie d’évacuer la question. « On s’en est aperçu plus tard, poursuit Soly, mais on continue à demander que son nom soit attribué à une rue passante dans le quartier. » Devoir de mémoire indispensable, car « les jeunes n’ont pas pris le relais, il n’y a pas de relève. Chaque 21 février, nous sommes toujours les mêmes à nous retrouver. »

Les textes de Soly sont des coups de poings d’énergie vitale. Hommages patients et incessants à ce « garçon silencieux, l’être le plus doux que j’ai pu connaître ». Celui de 2016 n’est pas dans le recueil. Il s’intitule Déchéance d’humanité et se termine ainsi :

« Aimer ou haïr, chacun est libre de choisir
Alors nous allons poursuivre notre chemin de croix
Jusqu’à ce que Mère Patrie nous prenne dans ses bras
Et nous fasse enfin sentir son doux parfum d’égalité
En priant que jamais la rancœur
Ne chasse de nos cœurs notre part d’humanité. »

JAN-CYRIL SALEMI
Juin 2016

Thérapoésie
Mbaé Soly Mohamed
Editions Cœlacanthe, 7 €