François Sarano, ambassadeur de la faune maritime auprès des petits marseillais

Des milliards de singularitésVu par Zibeline

François Sarano, ambassadeur de la faune maritime auprès des petits marseillais  - Zibeline

L’océanographe François Sarano était l’invité des Simples Conférences, organisées par le théâtre Massalia et la Cie Lanicolacheur à l’attention du jeune public. Difficile d’imaginer meilleure confluence entre un orateur, son sujet et son audience ! Car son enthousiasme ébouriffant répond à l’appétence naturelle des enfants pour les mystères de la faune marine. Dont nous connaissons si peu de choses, précise-t-il, avant de faire un test : « Saviez-vous qu’il y a des requins blancs en Méditerranée ? ». Beaucoup de « non », quelques « oui » s’expriment. « Eh bien, ce n’est pas parce qu’on sait qu’il est présent qu’on le connaît. Connaître c’est être allé à la rencontre des êtres vivants ». Lui, pour le coup, s’est rendu maintes et maintes fois sous l’eau, pour « tisser des liens avec les animaux, avec humilité, respect, patience », et de ses plongées a ramené nombre d’expériences incroyables à raconter. Émaillant son propos de splendides vidéos réalisées par René Heuzey, il insiste : « Observer ceux qui sont différents, ce n’est pas considérer qu’ils sont là pour satisfaire nos caprices. Aucun n’est à notre disposition ». Les requins évoluent dans un monde qui n’a rien à voir avec celui que l’on connaît, « bien plus grand ! ». Tout y est odeurs, magnétisme, électricité. L’eau transporte le son quatre fois mieux que l’air.

Quant aux cachalots, que François Sarano suit tout particulièrement depuis des années, avec leur énorme taille et leurs sens très éloignés des nôtres, ils s’avèrent étonnamment proches de nos meilleurs usages sociaux, empreints de solidarité familiale, prompts à la caresse, au jeu, curieux des autres. Il faut voir le plongeur apprivoisé par Eliot, né en 2011. Adolescent déjà grand de plusieurs mètres, le cétacé danse avec lui en émettant force « clics », sa langue. Les scientifiques associent ce son à une demande de contact physique… « Le renard du Petit Prince existe bien, sourit l’océanographe. C’est un cachalot. Il m’a montré ce que peut être un lien sans dépendance, sans asservissement. Ça m’a bouleversé pour toujours. » Chaque animal est singulier, avec sa personnalité, conclut-il. « Arrêtons de parler de tonnes, de ressources, de millions. Si un seul disparaît, personne ne pourra le remplacer, tout comme un être humain. »

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2021

La conférence de François Sarano s’est tenue le 20 novembre au théâtre Massalia, Marseille

Photo : -c- G.C.