« La patience des traces », roman d'une paix retrouvée. Par Jeanne Benameur, chez Actes sud

Des instants d’âmeLu par Zibeline

« La patience des traces », roman d'une paix retrouvée. Par Jeanne Benameur, chez Actes sud - Zibeline

« La vie est plus inventive que les romans » écrit Jeanne Benameur. Vraiment ? À lire La patience des traces, on peut en douter. Ce n’est pas que celui-ci soit déconnecté de la réalité mais l’imagination est à l’œuvre qui flirte avec le conte philosophique, la quête métaphorique, les rêves éveillés. Nos pas glissent doucement dans ceux de Simon, psychanalyste, qui a passé toute sa vie à écouter les mots des autres sans oser prononcer les siens. Un blocage inconscient que seul le hasard d’un accident stupide révèlera -un bol cassé en deux- à condition qu’il quitte tout pour se retrouver lui-même.

La romancière et poète murmure à nos oreilles le voyage de Simon depuis son île au bord de l’océan jusqu’aux îles japonaises Yaéyama, et tisse avec délicatesse bribes de souvenirs, regrets, mirages, expériences inconnues, rencontres, à la manière de Nara et de sa fille Namiko, gardiennes d’une tradition ancienne de fabrication de kimonos ; elle souffle une brise légère sur Simon, prisonnier de ses doutes, aussi rafraichissante que l’eau offerte par Akiko et Daisuke, ses hôtes admirables, discrets, bienveillants. « Il n’est rien parti chercher, il a seulement eu envie de se mettre à l’écart » après avoir fermé son cabinet et sa maison, quitté son ami Hervé, sa jeune collègue Mathilde, pour un ailleurs inconnu. Lointain. Ce n’est pas une fuite, bien au contraire, c’est un envol. D’une ligne à l’autre, sans prévenir, l’auteure entrecroise le passé et le présent, les morts et les vivants, les amitiés et les amours de jeunesse, d’anciens patients comme Lucie F. qu’il croit avoir croisée à l’aéroport le jour de son départ… Ils prennent parfois la parole, au détour d’une page au style raffiné. À l’image de ce Japon suspendu dans le temps.

Le voilà au seuil d’une vie « désencombrée ». Le chemin pour y parvenir n’est pas aisé, il lui faudra renoncer, avouer, se délester. Reconnaitre sa peur, sa vulnérabilité, ses erreurs. Jeanne Benameur ne fait pas de son roman le divan de Simon, même si elle-même a suivi une psychanalyse, non, elle se met à l’écoute de sa parole intérieure enfin libérée. De sa paix retrouvée. D’une quiétude oubliée. Et le Japon est une toile idéale pour parachever ce voyage au pays des larmes, du silence, de la nature sauvage, des couleurs profondes, des odeurs, des sensations inconnues. Une douce torpeur envahit Simon comme elle nous envahit et nous entraine doucement sur ses traces. 

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2022

La patience des traces
Jeanne Benameur
Actes sud, 19,50 €