Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Retour sur le festival La 1ère fois

Des images à la pellicule

Retour sur le festival La 1ère fois - Zibeline

Devant la salle comble du Cinéma Les Variétés (Marseille) la nouvelle « dream team » du festival La 1ère fois, entièrement composée de bénévoles, se présente. Un discours bref à quatre voix (deux féminines, deux masculines, belle parité), plein d’humour. Les jeunes organisateurs laissent rapidement la place à l’invité d’honneur de cette 9e édition, Jean-Gabriel Périot. Pas de premiers films documentaires ce soir : la soirée est consacrée au cinéaste, dont on projettera huit courts-métrages réalisés entre 2000 et 2017. Le panorama de son œuvre se poursuivra durant tout le festival. Une bonne occasion de plonger dans l’univers expérimental de ce réalisateur atypique et engagé, qui joue, de façon très efficace, très troublante aussi parfois, sur le montage d’images d’archives et sur la musique, véritable fil conducteur de la narration. Périot coupe, condense, étire, accélère, ralentit l’image comme le son, pour déconstruire l’histoire officielle, affûter le regard. En témoignent magnifiquement  The Devil (consacré aux Black Panthers), Nijuman No Borei, 200 000 fantômes (sur Hiroshima, bouleversant dans sa captation de l’invisible) et Eût-elle été criminelle…, où le « Marchons, marchons » d’une Marseillaise distordue accompagne les femmes que l’on va tondre en 1944 sous les rires et les applaudissements de la foule. Glaçant.

Le dernier film de la soirée Song for the jungle (2017) était une surprise. Pas d’effets cette fois. Juste des silhouettes encapuchonnées dans ce qu’il reste de la « jungle » de Calais ; avec seulement le bruit du vent tempétueux, le vacarme des poids lourds qui filent vers l’Angleterre et quelques sirènes policières. Encore plus glaçant. « La musique, toujours choisie avant le montage, porte le film, lui apporte émotion et énergie soulignera-t-il lors de sa master class le lendemain à l’amphithéâtre La Verrière (Aix-en-Provence), « avec le montage, je procède par un travail sur les harmoniques plus que sur les cadences, même si je commence par faire des marques sur temps et contretemps ». Au cours de cet entretien mené par Katharina Bellan, le cinéaste aborda sa démarche, son approche de technicien du cinéma, grâce à son métier initial de monteur, son intérêt pour l’image d’archives, et les questions inhérentes à sa représentation, qui induisent les manières dont la mémoire est modelée. L’accumulation de photographies concernant un même événement, ou un même type d’évènement, laissent entrevoir des codes de représentation semblables, quelle que soit la partie du monde où le cliché a été pris : « L’inconscient collectif visuel m’intéresse ». D’autre part, « mettre des éléments hétérogènes ensemble, fait question ». Si « prendre des images est un acte violent, en ce qu’il découpe le monde d’une manière chirurgicale, on fait des images pour comprendre le monde dans lequel on vit. Le discours cinématographique, celui qui accepte l’intelligence du spectateur est politique. » Ou encore : « Pas de naturalisme pourtant, tout est construit, le premier degré est impossible… d’ailleurs, je ne crois pas à la catégorisation entre documentaire et fiction. » L’émotion sourd des images accumulées. Se fonde ici une nouvelle poétique.

FRED ROBERT & MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2018

Le festival La 1ère fois s’est tenu à Aix-en-Provence et Marseille du 20 au 24 février.

Photo : Eut-elle été criminelle, de Jean-Gabriel Périot © Envie de Tempête


Bibliothèque Méjanes / Cité du Livre
8-10  Rue Allumettes
13090 Aix-en-Provence
04 42 91 98 88
http://www.citedulivre-aix.com/citedulivre/


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes