Premiers retours sur le Festival d’été de Châteauvallon

Des hauts et des basVu par Zibeline

Premiers retours sur le Festival d’été de Châteauvallon - Zibeline

Aux soirées Noctambules de Châteauvallon, l’éclectisme est de mis.

Effet de mode ou pas, le cinéma s’invite au théâtre. Plus particulièrement Éric Rohmer à travers l’évocation de Ma nuit chez Maud par Charles Berling et Stanislas Nordey dans la pièce Deux amis présentée en avant-première, et dans une adaptation à la campagne de son scénario L’Arbre, le maire et la médiathèque par Thomas Quillardet (Cie 8 Avril). Après Architecture qui avait fait l’ouverture du Festival d’Avignon 2019, Pascal Rambert met en scène son propre texte écrit pour ses deux interprètes, deux comédiens baptisés simplement Charles et Stan, prêts à remonter un spectacle légendaire d’Antoine Vitez -l’artifice du théâtre dans le théâtre n’est pas franchement une trouvaille-, et dont la passion amoureuse explose en plein vol à cause d’un malencontreux sms ! Bref, un « vaudeville » contemporain à l’intrigue aussi mince que banale, dans lequel l’auteur s’amuse à égratigner les journalistes, les critiques, les attachés de presse et même les équipes des théâtres plus préoccupées par la communication et la stratégie que par l’espace du plateau… Ici, un amphithéâtre en plein air, immense et quasi désert, où se perdent Charles Berling et Stanislas Nordey qui peinent à trouver le bon tempo : le premier, hiératique et déclamatoire, comme figé dans un costume trop serré ; le second, fiévreux et emphatique dans ses postures. Une dualité factice qui déçoit et ne convainc pas.

Réalisé en 1992 par Éric Rohmer, L’Arbre, le maire et la médiathèque vient à point nommé se glisser dans l’actualité politique française, véritable miroir par anticipation des problèmes liés à la pollution, à la remise en cause de l’intégrité des édiles, à la rivalité entre territoires urbains et ruraux… La troupe de Thomas Quillardet transpose avec habileté le cinéma en partie de théâtre en plein air avec une fraicheur et une vivacité contagieuses, un plaisir du jeu et des dialogues savoureux. D’Éric Rohmer à Jacques Demy, il n’y a qu’une vague que l’on saute avec bonheur en compagnie du Collectif ildi ! eldi et sa relecture jubilatoire et inventive des Parapluies de Cherbourg dans Ils ne sont pour rien dans mes larmes. Inénarrable comédienne Sophie Cattani au bord de la crise de nerfs dans ce monologue tragi-comique écrit par Olivia Rosenthal, attachée à décrypter une scène du film avec une fausse désinvolture avant de passer de l’analyse constructive au chaos absolu ! Cinéma encore avec la lecture-performance du texte À ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal sur les conditions des réfugiés débarquant sur l’île de Lampedusa, habilement associé à la projection de la grande scène du bal dans Le Guépard de Luchino Visconti adapté du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, et à la réalisation en live d’un dessin au noir par le plasticien kurde Mahmood Peshawa. Beauté, engagement et sincérité de ce même Collectif ildi ! eldi qui offre une analyse fine du texte doublée d’une puissante évocation du prince et du migrant.

Pas de côté

Sous les pins à la tombée du jour, l’Altiplano se prête aux propositions minimalistes. Celle du jeune danseur Maxime Cozic (Cie Felinae), repéré au festival Constellations 2020, dans le solo Emprise. Retour sur soi, son intériorité et sa solitude par un mouvement continu qui semble le déborder, s’extraire de son corps par à-coups dans une succession de phrasés désarticulés. Le hip hop acrobatique opère des ruptures brutales, les mains se crispent dans l’espace… À contrario, sa danse peut aussi agir par empêchement dans un rétrécissement sur lui-même. C’est dans cette double combinaison que Maxime Cozic se fraye un chemin, pas totalement abouti mais prometteur.

Invité au Festival d’Avignon cet été, le comédien burkinabé Etienne Minoungou se dresse face au public porteur de la parole de l’économiste et poète sénégalais Felwine Sarr. Avec la force vibrante du conteur décrite par Patrick Chamoiseau dans son dernier essai Le conteur, la nuit et le panier, Etienne Minougou fait sien l’appel de Felwine Sarr à la jeunesse africaine pour que le continent ne soit plus « le champ du monde que l’on exploite », guérir de l’offense et se dresser pour renaitre. Accompagné par le multi-instrumentiste Simon Winsé, il s’empare du Discours aux Nations Africaines avec la conviction chevillée au corps, à la voix, à la main qui caresse, bienveillante, ou se dresse, menaçante. Tout son être fait entendre les reliefs du texte et ses plus petits interstices, donne à voir ses images, sa poésie, ses paysages. Un comédien, un musicien, un texte, tous talentueux : une simplicité essentielle.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2021

Le Festival d’été de Châteauvallon se poursuit jusqu’au 31 juillet, Ollioules

Photo : A ce stade de la nuit, Collectif ildi ! eldi © X DR.

Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com