Les guêpes du Panama et Baron Samedi vues à Châteauvallon

Des guêpes et des hommesSpectacle partenaireVu par Zibeline

• 8 février 2014, 8 février 2014 •
Les guêpes du Panama et Baron Samedi vues à Châteauvallon - Zibeline

À Châteauvallon, les soirées dédoublées au Baou puis au théâtre couvert sont une mécanique bien huilée avec, ce soir-là, une petite pause salutaire entre deux propositions fortes. Les guêpes du panama mis en scène par Thierry Bedard entraîne l’impeccable Rebecca Finet dans une spirale déroutante qui tient à la fois du discours, de la conférence, du prêche et du cours magistral sur les pratiques et les comportements des insectes et des humains. Combat perdu d’avance pour les hommes qui, contrairement aux guêpes, connaissent les frontières et ignorent le concept suprême d’hospitalité développé par Kant… Monologue minimaliste suivi du carnavalesque Baron samedi d’Alain Buffard, disparu le 21 décembre 2013, élément perturbateur de la scène française depuis 1988 (premier solo Bleu nuit), volontiers offensif (solo Good Boy en 1998) et toujours radical comme dans cette pièce musicale bâtie autour de la figure du Baron Samedi, inquiétant maître de cérémonie vaudou portant le frac et le chapeau haut de forme. Alain Buffard a tracé sur une vaste page blanche aux coins retournés les trajectoires sinueuses d’un groupe d’hommes et de femmes, de noirs et de blancs, venus d’Afrique du sud, de Côte d’ivoire, d’Espagne, de France, du Rwanda, d’Amérique et des Antilles. Dans cette revue métissée rythmée par la musique de Kurt Weill et les paroles de Bertolt Brecht, les chanteurs-danseurs-comédiens s’affrontent par langues interposées, baisent par cooptation ou soumission, remuent l’arrière-train sans complexe, s’exhibent lascivement, chantent l’espoir d’une étincelle lumineuse salvatrice. Car il leur faut une sacré dose d’espoir pour survivre dans ces bas-fonds de New York, d’Abidjan ou de Berlin, dans cette basse cour humaine bruissant de désirs et de plaisirs. Comme Alain Platel, Alain Buffard excelle dans l’exercice délicat de transformer les malmenés de la vie en héros, de transcender leur rage, leur douleur et leurs obscénités en moments de grâce. Tel cet instant miraculeux où le prostitué aux yeux bandés et en fourreau lamé chante, susurre, avant d’être mis aux enchères…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2014

Les guêpes du Panama et Baron Samedi ont été présentés le 8 février au CNCDC Châteauvallon, Ollioules

Crédit photo : Baron-samedi-c-Marc-Domage-(2)

Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com