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Les Elancées, Les 20 ans

Des gestes qui comptent

Les Elancées, Les 20 ans - Zibeline

Les Elancées ont fêté leurs 20 ans de belle manière, avec une grande et foisonnante édition dont les propositions démontraient la variété des arts du geste.

Force est de constater que le pari de la découverte a fonctionné, 14 360 spectateurs ayant répondu présent aux quelques 45 représentations programmées, se déplaçant de Fos à Istres, de Miramas à Port-Saint-Louis en passant par Grans et Cornillon. Pas d’esbrouffe pour cette édition anniversaire, mais une programmation qui proposait une grande diversité d’univers en cirque et en danse, particulièrement éclectique cette année.

Devant le chapiteau du Galapiat Cirque, installé sur le stade Audibert à Istres, le froid s’insinue subitement parmi les spectateurs. Pas un coup du Mistral, non, mais plutôt de sept finlandaises surgissant sur le toit de leur roulotte-sauna pour accueillir, en musique, les spectateurs agréablement surpris. Froid dehors chaud dedans, le Grand Nord nous enveloppe déjà. De même que la douce folie que ces incroyables jeunes femmes vont distiller en s’attaquant, avec un humour à la hauteur de leurs prouesses acrobatiques, aux clichés sur la Finlande. Autant de tableaux qui leur permettent de se mettre en scène dans des situations cocasses et hilarantes, comme de faire montre d’une virtuosité impressionnante au trapèze, au rola bola ou sur une corde pour danser un tango en talons…

Sur la scène du Théâtre de Fos, c’est sur un tableau magnifique que s’ouvre L’Or blanc du Phare Circus : un immense mandala fait de grains de riz, symbole d’un univers prospère et harmonieux au Cambodge, prend forme doucement, réalisé par un homme, seul. Image saisissante, qui sera bien vite brouillée par l’arrivée de personnages exécutant des portés virevoltants, dispersant cet or blanc sur le plateau. Manne céleste, abondance bienvenue mais qui devient très vite source de problèmes, de dissensions, de convoitises, provocant d’acrobatiques affrontements au sein de cette petite communauté… L’énergie brut des artistes est communicative et emporte l’adhésion !

Au Théâtre de l’Olivier, à Istres, l’ambiance est tout autre. La pièce de Jérôme Thomas, Magnétic, se déploie dans un clair-obscur qui va permettre d’éblouissantes découvertes visuelles. Quatre jongleuses –Nicoletta Battaglia, Gaëlle Cathelineau, Elena Carretero et Chloé Mazet– vont créer d’étranges interactions entre leurs balles, pendules et plaques de polystyrène -blancs- ondulants ou comme suspendus dans les airs. Si l’effet hypnotique est immédiat et bluffant, la répétition des tableaux annihile quelque peu l’émotion.

Enfin, l’un des événements du festival fut sans conteste le spectacle du Cirque Trottola, Campana. Sous leur petit chapiteau c’est une poésie folle qui attend les spectateurs, faite de petits riens comme de grandes envolées dans les airs, de musique improbable et de déclarations désenchantées face à un monde déréglé. Campana fouille un peu plus encore la tendre relation de Titoune et Bonaventure Gacon, dompte le temps et les éléments comme jamais, permet des élans musicaux subtils, fait revenir, comme une madeleine délicieuse, le personnage de l’inénarrable Boudu, clown clochard, désabusé et bricoleur… Quant au tableau final, disons juste qu’il est magistral et étourdissant, faisant résonner longtemps le bonheur que l’on a de les retrouver, chaque fois.

DOMINIQUE MARÇON
Février 2019

Les Élancées ont eu lieu du 1er au 10 février à Fos, Istres, Miramas, Port-Saint-Louis, Grans et Cornillon

Photo : Campana, Cirque Trottola c Philippe Laurençon