Des films sans tabouVu par Zibeline

 - Zibeline

Du 13 au 19 juin s’est tenue au cinéma Variétés à Marseille la 13e édition du festival Regards sur le cinéma israélien organisé par Judaïciné : les 7 meilleurs longs métrages de fiction sur la cinquantaine de films réalisés en 2011, d’après les organisateurs. Parmi ceux-ci, The Slut, traduit pudiquement en français par La Femme qui aimait les Hommes, réalisé et interprété par la superbe Hagar Ben Asher que le public a regretté de ne pas rencontrer : elle avait raté son avion ! Un film très fort, qui hante longtemps le spectateur. «The Slut», c’est Tamar, une belle jeune femme de 35 ans qui vit seule avec ses deux fillettes. Elle donne du plaisir à quelques-uns des hommes de son village, naturellement, comme elle nourrit ses poules, fait du vélo, jusqu’au jour où un ancien ami, Shaï (Ishai Golan), un vétérinaire revenu au village, tombe amoureux et lui offre une vie de couple stable. L’aimant aussi, elle accepte ; il devient très proche des enfants, leur servant de père, s’en occupant pendant qu’elle bat la campagne, cassant ses œufs, crevant ses pneus, puis rejoignant ses anciens partenaires auxquels elle semble ne pas pouvoir renoncer. Si on a du mal à comprendre Tamar, elle fascine par son étrangeté. Femme libre ? Pour l’être, faut-il rompre avec les codes moraux et la routine familiale ? La mise en scène de Hagar Ben Asher privilégie les plans fixes et la photographie est superbe, que ce soit les scènes de nature -le règne animal est très présent- ou la longue scène d’amour et de sexe entre ces deux personnages qui vont se détruire…

Autre film intense, Mabul, deuxième long métrage de Guy Nattiv qui aborde le manque de communication dans la famille : le père (Tzahi Grad), pilote, n’a pas volé depuis six mois ; Miri (Ronit Elkabetz), la mère qui travaille dans une garderie, a une liaison avec le père d’un des enfants ; et Yoni (Yoav Rotman) dont le regard conduit le film, à l’approche de sa bar-mitsvah, désespère de grandir et doute du monde. Paradoxalement, c’est le retour d’un grand frère autiste (formidable Michael Moshonov) qui va ressouder les liens familiaux.

Ce sont aussi les rapports dans la famille qui sont au cœur de Melting Away : Doron Eran et Billi Ben Moshe, la scénariste avaient été choqués d’apprendre qu’après des meurtres au Centre jeunesse LGBT de Tel-Aviv, en 2009, certains parents avaient refusé d’aller voir leur enfant à l’hôpital. D’où le désir de faire ce film ! Lorsque Shlomo découvre des vêtements de femme dans la chambre de son fils Assaf, il lui ferme la porte. Quatre ans plus tard, alors que le père va mourir, un détective engagé par la mère retrouve… Anna, une chanteuse transgenre (le mannequin, Hen Yanni). Si les scènes de cabaret sont réussies, la musique, trop présente, accentue le pathos dans les scènes à l’hôpital. Sur le thème du transgenre, le film canadien de Xavier Dolan est plus réussi

Une programmation riche qui traite sans tabou de sujets parfois difficiles et mériterait de toucher un public bien plus large que celui, souvent communautaire, qui suit d’ordinaire ce festival.

ANNIE GAVA

Juillet 2012

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes