Élisabeth Joyé au clavecin et à l’orgue interprète Fischer : bijou discographique

Des cordes et du souffleVu par Zibeline

Élisabeth Joyé au clavecin et à l’orgue interprète Fischer : bijou discographique - Zibeline

Pari tenu que de faire découvrir un compositeur à travers deux instruments solistes joués par la même interprète. Élisabeth Joyé nous offre une approche fine de l’œuvre de Johann Caspar Ferdinand Fischer (1656-1746) à travers des pièces extraites de recueils pour clavecin et pour orgue qui ont été conservés de même que ses huit suites orchestrales réunies sous le titre Le Journal du Printemps et quelques pièces de musique religieuse. Tous ses ouvrages dramatiques ainsi que la plus grande partie de son œuvre religieuse ont été perdus.
Le livret accompagnant le CD est d’une rare richesse explicative, présente les instruments (principalement l’orgue du Foyer de l’Âme, construit en imitation d’un ouvrage allemand, mais surtout travaillé dans la perspective de son rendu musical, avec une attention particulière à l’emploi des bois, «soigneusement exempts de nœuds»), analyse les pièces, les situe dans le parcours du musicien qui se plut tant à Rastatt dont l’architecture s’inspire de celle de Versailles ainsi que « sa vie musicale brillante ».

Ce brillant se retrouve dans la vivacité alerte du clavecin qui multiplie les danses légères et enjouées, Allemande, Courante, Sarabande, Gavotte, Rigaudon, Passepied, Gigue, Chaconne… Si la préciosité pointe le bout de son nez avec la référence à Uranie, l’une des neuf muses, l’élan en est d’une subtile élégance, à la fois capable d’espièglerie et de retournements réfléchis. Le jeu clair, articulé et magnifiquement lié de l’interprète accorde au clavecin une palette nuancée rare. La liberté de ton fait oublier la virtuosité technique, les variations contrapuntiques font un clin d’œil à maître Bach, le clavecin se transforme en orchestre vibrant, sculpte la matière sonore que l’on aimerait parfois figer afin d’en savourer les harmonies. L’orgue offre d’inattendues douceurs et une netteté qui se joue des fils enchevêtrés de la toile irisée de partitions qui sonnent en écho à celles du clavecin. L’ampleur sonore se pare d’une variété de rythmes et de couleurs qui semblent se peupler de reflets nouveaux et répond aux vers de l’Art poétique de Verlaine cités en exergue par Élisabeth Joyé, « Car nous voulons la Nuance encor / Pas la Couleur, rien que la nuance ! ». Petit bijou à entendre et réentendre avec délectation !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2020

JCF Fischer, Uranie
Élisabeth Joyé (clavecin et orgue)
L’Encelade
www.encelade.net