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Vu par Zibeline

Un autre regard sur L’Étranger d’Albert Camus pour la soirée de clôture des Rencontres à l'échelle

Des cicatrices coloniales aux artistes du futur

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Un autre regard sur L’Étranger d’Albert Camus pour la soirée de clôture des Rencontres à l'échelle - Zibeline

Dernière soirée enthousiasmante des Rencontres à l’échelle

C’est une des particularités du metteur en scène allemand Nicolas Stemann : donner à voir un travail inachevé, à un instant T de son processus de création. Après une première résidence de répétitions au Théâtre de Vidy-Lausanne, et avant la première en mars 2020, il offrait en clôture des Rencontres à l’échelle Meursault, contre-enquête, adaptation du premier roman de l’écrivain algérien Kamel Daoud. Plus abouti qu’une mise en lecture, le spectacle en l’état annonce déjà une puissante interprétation des acteurs Mounir Margoum et Thierry Raynaud. Tous deux se mettent dans la peau de Haroun, frère de « l’Arabe » tué par Meursault, héros de L’Étranger d’Albert Camus. Son but : relater sa propre version des faits, raconter l’envers du décor, rendre son identité et sa dignité à cette figure niée de la littérature qui se nomme ici Moussa.

Pourquoi deux acteurs et surtout pourquoi parmi eux un Français ? Parce que même 70 ans plus tard -et même au théâtre- les réflexes colonialistes resurgissent. C’est ce que semble vouloir nous dire la future pièce. La victime reste cet indigène négligeable, mort sur une plage d’Alger à cause du soleil comme les morts de la rue d’Aubagne l’ont été à cause de la pluie. À l’instar du texte original, Meursault et Camus sont volontairement assimilés, semant la confusion. Mais Stemann pas plus que Daoud n’a en réalité comme dessein la mise en cause de l’engagement humaniste du Prix Nobel de littérature. C’est une manière troublante mais efficace de questionner la responsabilité des nations postcoloniales dans les mutations religieuses, historiques ou politiques qui traversent aujourd’hui les sociétés arabo-musulmanes.

La soirée s’achève en musique. Tout d’abord, avec un concert de Johan Papaconstantino. Le jeune marseillais au phrasé nonchalant et aux textes décalés propose une électro-pop minimaliste, imprégnée de sonorités orientales bidouillées aux machines ou à la guitare. Puis, les DJ Mettani et Tropikal Camel et le VJ Ghazi Frini du collectif Arabstazy donnent à voir et entendre un échantillon de la créativité de la scène électronique underground en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, loin des clichés orientalistes.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2018

La soirée de clôture des Rencontres à l’échelle a eu lieu le 1er décembre, à la Friche la Belle de Mai, à Marseille

Photo : Arabstazy c X-D.R.


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