Retour sur les Escapades littéraires qui ont eu lieu à Draguignan du 3 au 5 mai

Des Américains à DraguignanLu par Zibeline

Retour sur les Escapades littéraires qui ont eu lieu à Draguignan du 3 au 5 mai - Zibeline

Débarquement américain dans le Haut-Var pour la troisième édition des Escapades Littéraires, organisées par l’association Libraires du Sud. Ce festival littéraire est des plus plaisants. Grâce au lieu d’abord : au fond d’une placette ombragée de platanes et aménagée en café se tient la Chapelle de l’Observance. Acquis par la commune en 1992 et restauré jusqu’en 2005, ce bel édifice du XVIe siècle est aujourd’hui dédié aux expositions d’art contemporain et aux manifestations culturelles. On y circule à l’aise, mais tout est concentré. Grâce ensuite à l’accueil, excellent, et à l’ambiance, conviviale et propice aux échanges. Ici, tout le monde se parle et tous -bénévoles de l’association, lecteurs, équipe de la municipalité, interprètes, journalistes, auteurs, libraires- sont «à fond» pour faire de ce jeune festival une manifestation qui compte dans le paysage littéraire de la région.

Ils y réussissent aussi grâce à la qualité des rencontres proposées. En une journée, on a ainsi pu redécouvrir Mark Twain à travers l’hommage que lui a rendu Bernard Hoepffner. Le traducteur vient de proposer une version nettement moins édulcorée que les précédentes de Tom Sawyer (lire chronique ici) et Huckleberry Finn, plus en accord avec l’esprit des deux romans, pas vraiment politiquement corrects ni destinés aux enfants (surtout le second). On a également pu rencontrer Richard Russo et Iain Levison dont les romans brossent le portrait d’une Amérique en crise. On a parlé comics et romans graphiques avec Gilbert Shelton, créateur des Freaks Brothers, Marc Voline, qui a énormément fait pour qu’on n’oublie pas George Harriman et son Krazy Kat, et le talentueux quadra Anthony Pastor, qui a redit l’importance de la culture US pour sa génération. Ses romans graphiques jouent constamment avec les codes du western ou du roman hard boiled. Une table ronde a réuni Rick Bass, Adam Novy et David Vann sur le thème des «grands espaces américains». Bass a rappelé l’influence de Jim Harrison sur lui. Celui qui dit préférer les ours au métro vit aujourd’hui dans le Montana, au  fond d’une vallée sauvage ; une expérience assez proche de celle que Thoreau rapporte dans Walden. Vann dit avoir été marqué pour toujours par son enfance sur une île, près de l’océan, en bordure d’«une forêt très humide et très dense» puis par son adolescence près de Sacramento, dans une propriété qui ressemble fort à celle qu’il évoque dans Impurs (lire chronique ici). La description du paysage est pour lui une façon de figurer l’émergence de l’inconscient. Pour le très pince-sans-rire Adam Novy en revanche, la forêt reste «un lieu d’échec personnel» (il est nul en feux de camp) ; pas de forêt donc dans sa Cité des oiseaux mais une «géographie de la dislocation» et la création d’un nouvel espace, d’un monde souterrain surpeuplé. De belles rencontres en vérité, et un festival à découvrir absolument.

FRED ROBERT

Mai 2013

Les Escapades littéraires ont eu lieu à Draguignan (Var), Chapelle de l’Observance, du 3 au 5 mai

photo : (c) Hassen Haddouche/filtrages