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Entre jazz 'anthropologue' et création, Raphaël Imbert apporte sa touche humaniste

Des Alpes aux Appalaches

• 7 février 2015 •
Entre jazz 'anthropologue' et création, Raphaël Imbert apporte sa touche humaniste - Zibeline

Au départ, il y a le projet IMPROTECH (Technologies et musiques improvisées) qu’intègre Raphaël Imbert en 2010. Ses recherches vont le mener au sud des États-Unis avec des voyages d’études sur l’improvisation dans les musiques traditionnelles et populaires, et ce, durant trois ans. Rencontres riches, anecdotes en pagaille, inspirations, partage… et un nouveau concert, Music is my home, avec les musiciens la Compagnie Nine Spirit et des invités d’outre-Atlantique. En ce qui concerne ces derniers, Raphaël Imbert insiste sur la difficulté du choix, avec la possibilité d’inviter seulement trois artistes… et le rêve d’en faire venir d’autres, en prolongeant cette exaltante expérience. La musique, sourit-il dans le sud des États-Unis est une sorte de clé magique, où que l’on aille, on est accueilli, on joue, on partage. Communion solidaire, acceptation de l’autre, écoute dynamique qui permet aux rythmes et aux tonalités de se mêler, de dialoguer, de se répondre, de trouver une place créatrice à chacun par le biais des improvisations. Formidable construction du jazz qui sait réussir ce que les sociétés humaines peinent tant à atteindre : intégrer, apprendre de l’autre, lui apprendre aussi, jeu, conversations infinies où naissent rires, interrogations, réponses, esprit potache, rêve sensible… Music is my home jongle entre les univers du jazz, du blues, de la musique haïtienne… avec virtuosité. Tous les musiciens de cette superbe formation sont autant de solistes rares, avec leurs improvisations, leurs parcours. Quelle richesse ! On a le bonheur d’entendre ainsi, en ordre alphabétique pour Nine Spirit, Anne Paceo à la batterie, « étoile montante du jazz hexagonal », Pierre Fenichel à la contrebasse et au ukulélé basse (ça existe ! et c’est très beau !), Raphaël Imbert, ses improvisations poétiques et fulgurantes avec parfois deux saxophones à la fois (!), Simon Sieger, trombone, claviers, accordéon, Thomas Weirich aux guitares. Puis, il y a la jeune Leyla McCalla, banjo et violoncelle, avec des chansons traditionnelles haïtiennes comme Peze café, ou de ses propres compositions, le délicat Heart of gold, velouté tendre de la voix, indolence et humour…, Big Ron Hunter, Le « bluesman le plus heureux du monde » apporte un rayon de soleil supplémentaire avec son Goin’for myself et la chaleur de sa voix, avant le ‘dirty blues’ d’Alabama Slim, profond, lourd, superbe, bouleversant dans l’évocation de Katrina, qui a dévasté la ville de la New-Orléans. On évoque à ce propos Music Maker Relief Foundation de Tim Duffy, créée pour venir en aide aux musiciens sinistrés par l’ouragan Katrina, et aussi à de jeunes musiciens prometteurs (les trois invités reçoivent son soutien). Là-dessus on ajoute en nouveaux bonheurs des créations de Raphaël Imbert, mises en mots par Marion Rampal dont on entendra la belle interprétation sur la scène du théâtre Durance. C’est du jazz, du blues, du ska, du rock… de la musique et du talent avant toute chose. On a le privilège d’entendre de très grands musiciens, généreux, subtils. Le public se n’y trompe pas, que ce soit au GTP d’Aix ou au théâtre Durance de Château-Arnoux, la salle est debout.

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2015

Spectacles vus au GTP d’Aix-en-Provence le 27 janvier et au Théâtre Durance le 30 janvier

Copyright photo : Martin Sarrazac

À venir : le 7 février à Briançon lors de la soirée de clôture d’Altitude Jazz Festival

www.altitudejazz.com

 

 

 


Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net

Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/