Le Château de Barbe-Bleue, vu à l'Opéra de Marseille dans le cadre du festival des Musiques Interdites

Derrière les sept portesVu par Zibeline

Le Château de Barbe-Bleue, vu à l'Opéra de Marseille dans le cadre du festival des Musiques Interdites - Zibeline

Unique opéra composé par Béla Bartók en 1911, Le Château de Barbe-Bleue n’a pourtant été créé en France qu’en 1950. Il connaît depuis plus d’une décennie un regain d’intérêt plus que mérité, si bien que sa présence au programme du festival des Musiques Interdites ne peut que réjouir. La fulgurante modernité du langage musical de Bartók, inspiré des gammes pentatoniques du folklore hongrois et du symbolisme de Maeterlinck et Debussy, frappent encore aujourd’hui. Belle idée que de marier cette musique expressionniste aux peintures de ses contemporains Vasarely et Dalí. Tandis que les portes du château s’ouvrent une à une, les richesses de timbres de l’orchestre, rutilant sous la baguette de Jean-Philippe Dambreville, s’allient aux couleurs et aux abstractions des toiles et sculptures projetées, et déformées, sur le plateau. Autre belle idée de Michel Pastore, directeur du festival et chargé de la « mise en espace », celle de traduire le texte dans un français bien choisi. Sa versification, équilibrée, épouse au mieux l’action du très beau livret de Béla Balázs, qui se réapproprie brillamment les codes du conte pour l’amener sur un terrain plus ambigu. Les surtitres s’avèrent presque superflus, d’autant que la prononciation de Chrystelle di Marco et Nicolas Cavallier est d’une clarté admirable. Leurs voix charpentées dialoguent et s’entremêlent avec dextérité : la puissance lyrique de l’une se mariant à merveille à l’aplomb de basse profonde de l’autre. Si bien que la présence du récitant Lorenzo Lefebvre, oscillant avec Chrystelle di Marco entre une gestuelle compassée et un désir de circonscrire la scène, s’avère somme toute superflue. De même que la présence sur scène de la partition rompt avec le désir de faire théâtre : peut-être aurait-il fallu choisir … Reste la puissance, inaltérable, de cette si belle musique.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2019

Le Château de Barbe-Bleue a été donné le 10 novembre à l’Opéra de Marseille

Photo © Luc Avrial

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