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Vu par Zibeline

Avant-première du dernier film de Benoît Jacquot au César

Dernier amour

• 26 février 2019, 20 mars 2019 •
Avant-première du dernier film de Benoît Jacquot au César - Zibeline

Un titre crépusculaire pour ce film de Benoît Jacquot présenté le 26 février en avant-première au Cinéma Le César à Marseille. Nous sommes en 1793, cinq ans avant la mort de Giacomo Casanova dont le nom, par antonomase, désigne désormais « tout homme enchaînant les conquêtes amoureuses ». Dans un château de Bohème, le vieux séducteur vénitien exilé, solitaire, devenu bibliothécaire du Comte de Waldstein, écrit ses Mémoires. Il donne des cours de philosophie à une jeune fille plus avide d’entendre ses aventures que d’étudier Aristote. Lui qui n’a jamais pu rester, prétend-il, plus de 4 à 5 mois avec une maîtresse, lui pour qui chacune est chaque fois la première et la dernière, lui qui a voulu (et réussi, dit-on) à être l’ami de toutes, va raconter ce dernier amour qui est aussi le premier, puisque le seul parfait et inaccompli. Construction classique en flash back à partir de ce récit cadre qui affleurera par moments, rappelant le temps perdu et retrouvé par l’écriture « qui sauve » et la confidence qui soulage. Nous voilà à Londres au milieu de ce XVIIIe siècle libertin et européen. Casanova (Vincent Lindon), après son évasion de la Prison des Plombs, découvre l’Angleterre. Il ne parle pas anglais, refuse désormais d’user de l’italien. Et s’exprime donc en français dans un milieu aristocratique qui maîtrise cette langue. Il retrouve une ancienne amoureuse devenue une amie, La Cornelys (Valeria Golino) et rencontre Marianne de Charpillon (Stacy Martin), prostituée par sa mère. Tous peuvent acheter les faveurs de cette belle courtisane mais elle se refuse au célèbre séducteur, exacerbant un désir qui, faute de s’assouvir, devient une passion profonde et douloureuse. Maîtresse d’un jeu dont elle a fixé les règles, elle lui impose des « fiançailles » ! Défi de femme face à ce maître es séduction peu coutumier des refus ? Volonté d’une amoureuse de n’être pas « une parmi » ? Elle va faire connaître à ce « spécialiste » une forme d’amour qu’il ignorait. « Elle a dû vous aimer pour vous faire tant souffrir » commente celle qui recueille les souvenirs du Vénitien. « C’est la pire des choses d’aimer une seule femme, ça vous retire le goût des autres » constate, attristé, le libertin Lord Pembroke, ami de Giacomo. Mais qui peut comprendre la passion ? Le boulimique Casanova perd l’appétit, le bon viveur est au bord du suicide. Pour une femme !

Fêtes, châteaux, bordels, grands seigneurs cyniques, flambeurs, fluctuation sociale entre ce qui s’exhibe et ce qui se cache, la soie et la merde. Le XVIIIe siècle est reconstitué sans exubérance mais avec précision par les costumes, les décors, le bruit des sabots, le son des clavecins et la lumière poudrée créée par le chef op Christophe Beaucarne. En notes complices, le bleu ou le jaune des robes de la courtisane, et la ponctuation du rouge.

Casanova a inspiré de nombreux réalisateurs. Perspective « psychanalysante » de Comencini, dépeçage féroce de Fellini, Jacquot quant à lui en brosse un portrait empreint de tendresse. Et peut-être d’envie. Son film prend son temps (trop sans doute diront certains) et chuchote une petite musique mélancolique en mode mineur.

ELISE PADOVANI
Mars 2019

Dernier amour, de Benoît Jacquot (1h38) sortira le 20 mars

Photo: DERNIER_AMOUR © Carole Bethuel Les Films du Lendemain


Cinéma Le César
4 Place Castellane
13006 Marseille
08 92 68 05 97
http://www.cinemetroart.com/