Une création en ouverture : le Festival Les Nuits pianistiques débute avec éclat

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Le festival Les Nuits Pianistiques conviait pour la soirée d’ouverture de sa vingt-cinquième édition un interprète-compositeur de haute volée, Carlos Roque Alsina. Une première partie nous conduisait sur les traces de Beethoven, avec l’Ouverture d’Egmont, op. 84, sans doute l’une des plus célèbres du compositeur, hymne à la liberté, aux envolées passionnées, rendu sensible par un Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon à son meilleur, dirigé avec une intelligente fluidité par Yeruham Scharovsky. La riche palette expressive de l’orchestre accompagnait le piano inspiré de Roque Alsina, libre dans la partition du Concerto n°3 op.37 de Beethoven, variant les tempi, se livrant à de vertigineuses cadences, habitant l’œuvre de sa verve. Et offrant de superbes bis, Debussy, Bartók, Gershwin… « Lorsque je joue une pièce, je suis son auteur, je suis Debussy, Bartok, Beethoven… l’essentiel n’est pas seulement l’écriture, mais son esprit », confiera-t-il plus tard.

C’est en compositeur que le pétillant interprète présente en première mondiale son nouvel opus, Parcours et images. « L’œuvre la plus difficile que j’aie eu à diriger depuis le Sacre de Stravinsky, profond, pensé, contrasté, » sourit le chef d’orchestre, ravi de la performance des musiciens de l’Opéra de Toulon qui offrent une version brillante après seulement deux répétitions ! « Il jouait très bien, pour le peu que l’on a travaillé, mais manquait de nuances, un travail de détail, tout n’est pas fortissimo », soupire le compositeur qui reconnaît la performance de l’orchestre. L’œuvre en trois mouvements accorde au soliste de subtiles phrases qui s’emportent en vastes respirations auxquelles répondent les différents pupitres, ici une flûte, là, les cuivres, là encore, les percussions, avant les envolées des cordes. Les échos d’œuvres des grands prédécesseurs jalonnent la partition, réminiscences proustiennes qui laissent éclore l’émotion liée aux souvenirs, tonal et atonal se mêlent, dans une écriture à la fois contemporaine et classique.

Roque Alsina s’insurge contre ceux qui pensent que faire de la musique contemporaine, c’est faire du solfège ! et revient sur son œuvre et sur l’évolution de la musique, en larges traits, « l’histoire a voulu que les thèmes disparaissent au début du XXème, et soient remplacés par un devenir sonore, et plus tard, des cellules. Jadis on composait avec des thèmes, il fallait trouver un joli thème pour trouver un développement. La musique contemporaine travaille avec des cellules parfois caractéristiques, c’est-à-dire avec une substance rythmique ou un timbre reconnaissable. Quand je parle d’un parcours et d’images (titre de la création présentée), les images symbolisent des situations qui m’ont beaucoup marqué dans ma vie, certaines sonorités, des rythmes, le chant d’un perroquet, un quintolet (très présent dans le Sacre de Stravinsky). Un parcours n’est pas un chemin, mais une succession d’expériences. Le parcours de ma pièce n’est bien sûr pas celui de ma vie, mais imprégné de tout ce qui m’a touché, de l’évocation d’expériences, de moments forts, liés à la musique et qui m’ont frappé, mouvements de fleurs, tempêtes… j’ai eu envie de léguer tout ça, non comme une expérience, mais comme une œuvre. » La loi de la composition ? « Une histoire de densité, comme pour les jardins, certains massifs sont fournis abondamment, d’autres moins, pour un tapis de couleurs qui passe de l’éclat au plus sensible… »

« La composition est une affaire mystérieuse quand même. On ne sait pas à quoi ça sert, à qui cela s’adresse… à personne ? à la vie… et ça c’est intéressant, la vie n’a pas de sens, c’est nous qui lui en donnons un, et c’est là que ça devient une vie remplie »…

L’écoute, préparée avec justesse par Michel Bourdoncle, directeur artistique du festival, laissera sans aucun doute à un public subjugué, ses traces poétiques. Affaire mystérieuse qu’aller écouter un concert…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Concert donné le 1er août, conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence, dans le cadre du Festival Les Nuits Pianistiques.

Photographie © MC

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