Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

La Compagnie d'Entraînement joue avec une maîtrise professionnelle Immatériel de Dieudonné Niangouna

Déjà pros !

La Compagnie d'Entraînement joue avec une maîtrise professionnelle Immatériel de Dieudonné Niangouna - Zibeline

La Compagnie d’Entraînement du Théâtre des Ateliers est devenue, au fil des ans, une véritable institution (même si le terme heurte la modestie de ce théâtre qui sert l’art avec talent et abnégation). Chaque année, une sélection de jeunes gens fous de théâtre s’initie aux arcanes de cet art durant une année ponctuée de rencontres avec auteurs, comédiens, metteurs en scène, chorégraphes, un partenariat avec le festival d’Aix et le Ballet Preljocaj, sans compter le privilège de travailler avec un auteur invité et d’en interpréter une œuvre. Le tout sous la houlette bienveillante d’Alain Simon, directeur des lieux. Dieudonné Niangouna était l’auteur associé de la promotion 2015-2016 et a fait le cadeau d’un texte inédit à ces élèves comédiens, écrit à Yaoundé en juillet 2015, Immatériel. Honneur dangereux que d’interpréter les premières représentations d’une pièce ! Surtout celle-ci, avec un texte immense, le propos difficile sur la matière même du théâtre, immatérielle, justement, traversant les corps des acteurs mais se défaisant au moment même où elle s’incarne… fugacité de ce qui est, croisement d’histoires où les comédiens se mettent en jeu, multiplicité des possibles, des narrations, palette infinie des interprétations, accordant aux tableaux accrochés en fond de scène, Paysage sous surveillance de Heiner Müller ou Ville de chiens de Fiston Nazer Mwanza Mujila, des significations multiples allant du simple quotidien au mythe. Chaque détail devient alors porteur de sens, « s’ésotérise », se diffracte, déchaînant les passions interprétatives.  Parabole échevelée du rôle de l’acteur, non plus en quête d’auteur comme dans un texte célèbre, mais de soi, de la réalité esthétique de l’œuvre, de sa représentation, dans une mise en cause subtile de ce que sous-entendent les termes « représenter », « interpréter », donner à voir, comprendre, percevoir dans la forêt des sens… Pouvoir de la trace de ce qui fut, tentation de retenir, graver, figer ce qui est mouvant, instable, volatil, fugace… l’évanescence devient la source intarissable de la fable, incarnée un fragile instant par les acteurs. Gabriel Allée, Léa-Amélia Casagrande, Floriane Fontan, Elyssa, Leydet-Brunel, Mathilda Michaud, Sébastien Mintoff, Stéphanie Raineri, Axel Raucoules, Alexandre Robitzer, et Céline Soulet, nimbés des belles lumières de Syméon Fieulaine, sont ainsi passeurs de l’Immatériel avec une fougue, une grâce, une conviction, éblouissantes. Sur une scène de ballet, on sacrerait une cohorte d’étoiles.

MARYVONNE COLOMBANI

Juin 2016

Le spectacle a été donné au théâtre des Ateliers (Aix-en-Provence) du 9 au 18 juin.

Immatériel, Dieudonné Niangouna, éditions Cana, (parution le 20 juin 2016), 12€

©Théâtre des Ateliers


Théâtre des Ateliers
29 Place Miollis
13100 Aix-en-Provence
04 42 38 10 45
http://www.theatre-des-ateliers-aix.com/