Retour sur le cycle cinématographique Folles Parades dont trois films sur le thème À corps perdus ont été projetés au MuCEM

Dégénérés sages ?Vu par Zibeline

• 19 avril 2014⇒20 avril 2014 •
Retour sur le cycle cinématographique Folles Parades dont trois films sur le thème À corps perdus ont été projetés au MuCEM  - Zibeline

Autour de l’exposition Le monde à l’envers, le MuCEM a présenté le cycle cinématographique Folles parades. Au cœur de ce cycle, À corps perdus, composé de trois films différents autour de l’exaltation des corps : Flaming Creatures de Jack Smith présente les tableaux vivants d’une orgie homosexuelle, et fit scandale à sa sortie ; Manhà de Santo Antonio de Joào Pedro Rodrigues, ou la vision de Lisbonne au petit matin avec des corps chorégraphiés minimalement après une nuit de beuverie ; et Trash Humpers de Harmony Korine qui montre des fous masqués maltraitant tout ce qui passe et tuant même sans raison leurs voisins après avoir récité de la poésie boiteuse.
Outre la présentation de corps en exaltation, les films s’attachent tous aux conséquences de leurs actes. Dans le premier film, malgré un court passage où l’orgie sexuelle est violente, elle ne procure finalement que du plaisir, jusqu’à un passage comique sur l’utilisation excessive de rouge à lèvres via un commentaire décalé sur l’utilisation habituelle de ce cosmétique : les actes sexuels provocateurs à l’extrême continuent pendant que les protagonistes sourient à cœur joie !
Le deuxième long métrage présente le matin de Saint Antoine, et les corps qui déambulent dans la rue à l’aube. La nuit de beuverie de la veille n’est guère montrée mais clairement suggérée par le comportement anormal des jeunes gens qui se déplacent tels des spectres sans vie, tombant lourdement à terre, égarés dans la ville. Pourtant, certaines personnes qui empêchent les voitures de circuler (involontairement ? délibérément ?), certains gestes de rage ou de solidarité suggèrent que l’ivresse de la veille est sous-tendue d’un état de révolte, et d’impuissance.
La dernière œuvre, Trash Humpers, la plus violente, n’hésite pas à aller jusqu’à la folie pure. En commençant par l’attrait pour la crasse : les protagonistes mettent des poubelles entre leurs jambes, mangent des pancakes au liquide-vaisselle. Privé de toute innocence, un enfant maltraite un poupon, feignant de le tuer, le faisant remarquer aux autres. Sadiques et masochistes, maltraitant les autres ou s’auto-maltraitant, tous les personnages ont des comportements très osés, mais tout est filmé sur un ton comique et banal, mis en scène comme un train-train quotidien, entrecoupé de disputes et de discussions sérieuses sur la remise en cause des codes de la société, et le refus de la famille, du travail, de la propriété bourgeoise. Une scène touchante montre une femme volant un enfant à ses voisins, que ceux-ci semblent avoir mis de côté, lui chantant une petite berceuse, forme d’amour et de sollicitude renaissant au milieu du chaos. Car ici la folie est assumée, elle se présente comme une certaine forme de sagesse qui se révolte contre une société qui refuse de laisser le corps s’exprimer.
Ces trois films, s’ils mettent mal à l’aise, questionnent réellement la liberté du corps, et de sa jouissance, dans le monde d’aujourd’hui.

ALICE LAY
Mai 2014

Flaming Creatures et Manhà de Santo Antonio ont été projetés le 19 avril ; Trash Humpers le 20 avril, au MuCEM à Marseille

Photo : Trash Humpers de Harmony Korine © Visit Films

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