Retour sur les spectacles de création régionale présentés lors de Big Bang, à Montpellier

Déflagration verbaleVu par Zibeline

Retour sur les spectacles de création régionale présentés lors de Big Bang, à Montpellier - Zibeline

Fracas à hTh pendant une dizaine de jours, où les six spectacles du programme Big Bang, dédié à la création régionale, ont chacun contribué à nourrir un puissant flot de questionnements politiques et poétiques.

Le Tumultes de Marion Aubert, tourbillon de jeunesse, ivre de mots, prépare la Révolution. Neuf comédiens interrompent les répétitions, décident d’occuper le théâtre, pour « faire quelque chose ». Les références au Front populaire, aux montées du fascisme imprègnent leurs discours enflammés, les périodes sont poreuses, le contemporain et l’Histoire échangent les rôles, se mélangent, les aspirations visent à traverser les époques, les craintes débordent les dates. Et le quotidien, le particulier parviennent à exister dans ce groupe -si bien mis en scène par Marion Guerrero.

Le texte et le mouvement gambadent sur scène, emportent le propos très loin et très près. Les slogans s’égrainent, les doutes affluent. Les tensions et les amours se développent comme un corps enfantin qui grandit. C’est trivial et beau. Et drôle. Et énergisant. « Ça fait 1h30 qu’on fait la Révolution et ça ne semble pas avoir pris… », s’inquiète une des actrices en scrutant la salle. Mais si, Manon, Aurélia, Tibor, Maurin, et les autres : on est avec vous, on hume le souffle de votre jeunesse.

Melancholia, créé et mis en scène par Mathias Beyler et Stefan Delon, s’intéresse à modeler le continent de la mélancolie. Les six auteurs-interprètes semblent tourner autour de quelque chose qui leur fait peur. Peur au point de ne pas y plonger véritablement. Le spectacle est comme anesthésié par une trop forte dose de dérision. Les quelques moments débarrassés de ce verni en sortent magnifiés, certes : Mathias Beyler qui traverse le plateau avec, au cou, un nœud coulant suspendu par des ballons à l’hélium. L’image est belle. On sent un fort désir d’aborder ce qui taraude et bouleverse nos vies à tous. Mais peut-être pas assez de mise en question personnelle dans ce spectacle qui utilise pourtant les codes de la performance.

Les Vagabondes, tout en légèreté, pleines de folie, irriguées par la liberté du texte, ancrées dans une réflexion profonde et jouissive progressent sur scène, dans les pas de l’auteur interprète Alain Béhar. C’est l’histoire d’un projet de pièce qui toujours est rediscuté, jamais figé. Dans la magnifique partition verbale de ce personnage écrivain qui cherche à maintenir les mots dans un perpétuel devenir politique et onirique, la végétation s’affranchit des limites et des classifications. Elle mute sur le plateau.

Les fleurs, les plantes, la terre, les graines, les bottes de jardinage, tout un bric-à-brac qui au début est cantonné dans un sage parterre se déplace, mu par Montaine Chevalier, qui scénographie la pièce en direct. Les murs se couvrent aussi peu à peu d’images délicatement bruissantes (Stéphane Couzot, Jesshuan Diné). Béhar célèbre ce qui sort du cadre, l’invention, le temps qui ne servirait à rien, sauf à continuer de garder les projets assez vivants pour que surtout ils ne se réalisent jamais. Et tenir la mort à distance, l’apprivoiser, la regarder dormir enfin dans cet étrange jardin qui luit.

ANNA ZISMAN
Avril 2017

Tumultes, Melancholia et Les Vagabondes ont été jouées dans le cadre de Big Bang à hTh et au Domaine d’O entre le 23 février et le 3 mars à Montpellier. Le théâtre du Bois de l’Aune à Aix-en-Provence, a également accueilli Les Vagabondes les 7 et 8 mars

Photo : Les Vagabondes © Cécile Marc

 

CDN Humain Trop Humain
Domaine de Grammont
34000 Montpellier
04 67 99 25 00
www.humaintrophumain.fr

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr

Théâtre du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr