Au Musée de la Préhistoire de Quinson, une exposition raconte Les Huaxtèques

Définis par la cultureVu par Zibeline

• 1 juin 2016⇒30 novembre 2016 •
Au Musée de la Préhistoire de Quinson, une exposition raconte Les Huaxtèques - Zibeline

Au Musée de la Préhistoire des Gorges du Verdon, une exposition à découvrir jusqu’à l’automne 2016 présente la culture précolombienne des Huaxtèques.

Si Aztèques, Toltèques, Incas ou Mayas sont connus, qui a entendu parler de la civilisation des Huaxtèques ? Le peuple préhispanique Huaxtèque qui a pourtant développé une civilisation riche durant 3000 ans au Nord-Est du Mexique, est méconnu même des spécialistes. Aussi, l’exposition Les Huaxtèques, Peuple méconnu du Mexique précolombien, au Musée de la Préhistoire de Quinson, revêt un caractère exceptionnel, tant par le sujet abordé, l’établissement pour la première fois d’un bilan des connaissances à son propos, que la remarquable collection d’objets replacés dans le contexte de la culture Huaxtèque qui n’avaient jamais été présentés au grand public.

Domaine des pionniers
L’exposition est placée sous les auspices de Guy Stresser-Péan (1913-2009), ethnologue, archéologue, fondateur de la mission française archéologique au Mexique, qui a pu rapporter (c’était légal alors) 3 739 objets au Musée de l’Homme (maintenant au Musée du Quai Branly) et a contribué par nombre de monographies inégalées au niveau scientifique, ainsi que par des fouilles, comme celle du site monumental de Tamtok, à la connaissance de cette étonnante civilisation. Son épouse, Claude Stresser-Péan, spécialiste des textiles, poursuit son œuvre. La dernière partie de l’exposition est consacrée à l’ethnographie et montre les survivances culturelles, depuis le filage et le tissage du coton, aux pièces délicatement brodées au point de croix, à la danse rituelle du Volador, où les danseurs après une longue préparation tournoient autour d’un mât immense, et le syncrétisme entre rites païens et chrétiens…

Indéfinissables ?
La difficulté initiale d’un travail sur les Huaxtèques tient à leur définition, sourit Sophie Marchegay qui, avant d’être nommée directrice du Musée de la Préhistoire des Gorges du Verdon, a travaillé au sein de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique et a réalisé de nombreuses fouilles dans la Huastéca. Pas d’ensemble géopolitique, pas de peuple uni, mais plusieurs ethnies, organisées en cités-états indépendantes, réparties sur un territoire immense (sur 6 états actuels du Mexique), pendant plus de 3 000 ans avec une apogée entre le Xe et XVIe siècle de notre ère. Ni leur histoire particulière ni les pouvoirs politiques ne les rassemblent, si ce n’est la fin avec la conquête espagnole, dont les esprits sont encore marqués aujourd’hui au Mexique souligne Sophie Marchegay : « Un monde et ses modes de vie s’écroule. » C’est pourtant par les chroniques de ces mêmes conquérants que l’on a des renseignements précieux, recueillis alors : les Huaxtèques sont arrivés par la mer et ont la même origine que les Mayas. Ce sont les Espagnols encore qui annotant le codex de Xicotepec (entre autres) en donnent les clés. Les Huaxtèques ne pratiquent pas l’écriture, mais transcrivent leurs histoires par des dessins…

Une forêt de symboles
Des points communs apparaissent dans les faits du quotidien, les rites et la cosmogonie. L’univers s’étage sur trois niveaux, le plan des morts, froid, celui du monde humain, enfin celui, chaud et céleste, des divinités ; cinq grands arbres soutiennent la voûte, et les fluides circulent entre ces mondes pour en maintenir l’équilibre. Tous les aspects de la vie sont régis par un caractère rituel, des fusaïoles destinées au filage du coton aux vases ornés ou aux statuettes et statues votives. L’art n’existe pas, tout a une signification. D’ailleurs les objets sont souvent sacrifiés et brisés, leur sang symbolique est assimilé à l’eau fertile. Les corps mêmes sont remodelés selon une esthétique rituelle, crânes allongés, dents taillées en pointe, tatouages et scarifications… on croise les vieux dieux bossus qui portent la voûte céleste (croyance toujours vivace aujourd’hui), les déesses de la fertilité, déesses-mères qui s’ancrent dans la terre, le dieu du vent, Ehécatl, associé à Quetzalcoalt que l’on entend dans les grands coquillages… son des conques, voix des dieux ! Depuis l’époque précolombienne, les Huaxtèques avaient la réputation d’être des magiciens et des illusionnistes…

L’exposition est d’une telle richesse qu’elle rend l’exhaustivité impossible ! Il faudrait dire la beauté des vases, des statuettes, la délicatesse des ornements, l’expressivité époustouflante des êtres représentés, la précision et la clarté des commentaires, des cartes… un clin d’œil aussi à notre civilisation, les Huaxtèques avaient inventé la roue, mais ne s’en servaient pas, et le ballon que l’on ne jouait surtout pas avec les pieds (de quoi enrichir le vocabulaire des supporters en période d’effervescence footballistique !). La récompense des vainqueurs était l’honneur d’être sacrifié aux dieux… Autres temps…

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2016

Les Huaxtèques, Peuple méconnu du Mexique précolombien
jusqu’au 30 novembre
Musée de la Préhistoire des Gorges du Verdon, Quinson
04 92 74 09 59 museeprehistoire.com

Photo : Vase effigie polychrome les bras levés, céramique peinte et stuc, postclassique récent (1200-1521 ap JC), provenance inconnue, collection particulière © X-D.R

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