Adam Laloum clôt cette « édition si particulière » du Festival de La Roque

Défi romantique et pari gagnéVu par Zibeline

Adam Laloum clôt cette « édition si particulière » du Festival de La Roque - Zibeline

Dernière représentation sous la conque du Parc de Florans et déjà, après le concert, le bilan s’esquisse. René Martin, Directeur artistique du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron se réjouit de ce « pari gagné » (Aline Pôté, relation presse du festival, le souligne en souriant, « nous pouvons en effet en retirer une belle fierté ! »), avec une irréprochable gestion des précautions sanitaires, le dévouement sans faille des bénévoles et des équipes salariées, l’attitude exemplaire du public (30 900 entrées !)… La gageure était folle, peut-être, alors que le repli sur soi semblait de rigueur, mais réfléchie, travaillée, soutenue par les structures publiques et privées, par l’acceptation de tous les artistes d’être rémunérés au tiers de leurs cachets, (le public étant divisé par trois), -instaurant par là une sorte de « coproduction » (explique René Martin)-, elle a trouvé une superbe concrétisation. Grâce aux nombreuses discussions avec les artistes de dimension internationale, qui n’ont jamais demandé le statut d’intermittent, (leur carrière ne s’y prêtant pas), et qui, en ces circonstances si particulières, se sont retrouvés sans aides ni ressources, René Martin explique combien il a pris conscience de la fragilité de leur statut, et rêve déjà, -mais on ne peut encore rien dévoiler-s, à une petite révolution en ce domaine. Déjà la quarante-et-unième édition du Festival se prépare, elle se tiendra du 23 juillet au 18 août 2021 et aura sans aucun doute un air de fête des quarante ans !

Le dernier concert de l’édition 2020 était un condensé de cet esprit que l’on peut oser qualifier de romantique, en ce qu’il exalte les sentiments et dénie son pouvoir à la frileuse raison.
Adam Laloum venait interpréter deux œuvres d’une puissante densité, la Sonate n° 22 en la majeur de Schubert et la Sonate n° 3 en fa mineur opus 5 de Brahms.
Publiée quelques années après la mort de Schubert, la Sonate n° 22 est l’une de ses œuvres essentielles, par son ampleur, sa capacité à rendre sensible les moindres remuements de l’âme. Le pianiste aborde la partition avec une fine empathie, laisse l’émotion éclore. L’Andantino (que Robert Bresson utilise dans son film Au hasard Baltazar) crépusculaire dessine ses pianissimi, chuchotements intimes qui se fondent en harmonie avec les bruits de la nature, oiseaux, cigales de la fin du jour. Il y a une sorte d’évidente nécessité de cette musique-là, à cette heure précise. L’imagination se déploie sans contraintes dans cette palette nuancée où les élans passionnés répondent aux retours contemplatifs. La complexité de l’être est ici finement brossée. À cette pépite répond une autre,  la Sonate n° 3 de Brahms, sa « symphonie déguisée », qui en cinq mouvements passe de la puissance majestueuse à la méditation, aux envols, en une fusion bouleversante. Un double mouvement sous-tend cette composition imposante (environ 40 minutes), entre attaques brillantes et pensée qui doute puis s’affermit, se délie en larges phrasés. La poésie du propos irrigue le jeu du musicien dont l’interprétation sait tour à tour embrasser le monde dans sa totalité ou caresser l’infime. La magie opère. Comment se dire que c’est le dernier concert de l’été ? L’assistance séduite en redemande, et le subtil artiste offre quatre bis, d’un onirisme délicat, (un de Schubert, l’Andante de la Sonate en la majeur opus 120, et trois de Brahms, l’Andante moderato des 3 Intermezzi opus 117, l’Adagio issu du IV Intermezzo des 7 Fantaisies opus 116 et l’Intermezzo en la majeur opus 118 n° 2). Délices !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 21 août, Auditorium du Parc de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron.

Photographie : Adam Laloum © Christophe Grémiot 2020