Plongée au coeur de la recherche au Musée de la Préhistoire de Quinson

Découvrir, mais comment ?Vu par Zibeline

• 1 mars 2016⇒16 mai 2016 •
Plongée au coeur de la recherche au Musée de la Préhistoire de Quinson - Zibeline

Comme en écho à la belle exposition 2015 Néo ! Marins-bergers de Provence il y a 8 000 ans, le Musée de la Préhistoire de Quinson présente On s’installe ? Moments de Préhistoire entre Jabron, Artuby et Verdon, une formule légère du fait de sa volonté d’itinérance.

Cette exposition est le fruit d’une collaboration étroite entre le Musée de Quinson et le laboratoire CEPAM (CNRS, Université Nice Sophia Antipolis), réunissant quatre commissaires d’exposition, Sophie Marchegay (directrice du Musée de Quinson), Guillaume Porraz (UMIFRE 25, CNRS Institut français d’Afrique du Sud), Louise Purdue et Antonin Tomasso (tous deux membres du CEPAM, CNRS, Université Nice Sophia Antipolis). Ce projet d’exposition régionale PACA, réunit des œuvres prêtées par le Service Régional d’Archéologie de PACA, le Musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco, le Musée de Quinson qui présente des objets de ses réserves, et le Laboratoire CEPAM. Présentation en épure, des panneaux explicatifs, agrémentés de dessins (Carole Cheval) mettent en scène l’homme du paléolithique, s’ajoutent des vitrines et des bornes munies d’écrans interactifs. L’originalité du propos est de nous mêler au cœur même de la recherche. Ce pourrait être indigeste et ardu, mais tout est rendu avec un esprit ludique.

Laissons-nous guider par le personnage d’enfant qui désigne Le Lieu où tout sera découvert quelques millénaires plus tard. Ombre fraîche, rivière poissonneuse, troupeaux, chevaux que l’on mange plutôt que de les entraîner au saut d’obstacles, on fait un feu, on monte un abri, on taille des silex, on se spécialise dans le racloir (vive la modernité du paléolithique supérieur !), on ne range pas trop avant de repartir, la gestion des déchets se régule par l’effet de la crue, qui enveloppe tous les restes, charbons, mandibules, rebuts, dans sa gangue de terre, une aubaine pour nos archéologues contemporains !

De la contextualisation à la prospection
L’exposition commence par la contextualisation, détermine les conditions de vie, l’environnement géographique et climatique lors du dernier maximum glaciaire… des glaciers jusqu’à Sisteron et un niveau de la mer qui vous laisse le Vieux-Port de Marseille à sec. Cro-Magnon s’installe sur le littoral provençal, ayant bien conscience que ce serait une région privilégiée plus tard. Il se déplace, cueille, chasse… aurochs, bouquetins, rennes bisons… Dont des restes, trouvés sur le site de la grotte des Enfants à Vintimille, sont exposés, ainsi que les outillages issus de sites du Verdon : Baume Bonne, grotte Sainte-Maxime (Quinson, 04) et abri Breuil (Montmeyan, 83), dont on apprend à reconnaître les différences selon leur appartenance au paléolithique moyen ou au paléolithique supérieur. Une carte semée d’éclats de pierres indique les points de découverte et l’infinie variété des silex et de leurs usages : le silex de Ciotti ou de Périnado, l’orthoquartzite, le rhyolithe de l’Estérel, la maiolica, le calcare con selce, les radiolarites, assortis de +++ selon leur aptitude à la taille.

Une question taraude alors l’archéologue : pourquoi aucun site n’est connu dans cette région qui a pourtant été fréquentée très régulièrement par des groupes humains depuis au moins 100 000 ans ?

Nous voilà initiés à la prospection, à ses difficultés, à la découverte avec celle exceptionnelle du site des Prés de Laure, à Comps-sur-Artuby, en 2012, ses centaines de silex, mais aussi les traces de l’occupation humaine…il y a plus de 20 000 ans.

La fouille ne va bientôt plus avoir de secrets pour le visiteur, pas plus que la quantité incroyable de métiers qu’elle génère, bénévoles qui suivent les campagnes, grattant avec précautions (truelles spatules, balayettes), passant au tamis, respectant la maxime d’André Leroi Gourhan « une fouille idéale serait celle qui 20 ans après, on pourrait remettre à leur place le moindre objet la moindre esquille d’os et le plus petit grain de sable », géomorphologues, géoarchéologues, archéobotanistes, anthracologues, palynologues, archéozoologues et j’en passe.

Tout cela pour un puzzle géant et enthousiasmant !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2016

On s’installe ? Moments de Préhistoire entre Jabron, Artuby et Verdon
jusqu’au 16 mai
Musée de Préhistoire des gorges du Verdon, Quinson

photo : Carte des ressources en silex utilisées par les groupes préhistoriques pour la fabrication de leurs outils depuis 100 000 ans © Maryvonne Colombani

Musée de la Préhistoire
Route de Montmeyan
04500 Quinson
04 92 74 09 59
www.museeprehistoire.com