Yann Frisch invite des magiciens clowns pour une carte blanche tout en décalages

Décalages contrôlésVu par Zibeline

• 13 février 2015 •
Yann Frisch invite des magiciens clowns pour une carte blanche tout en décalages - Zibeline

Donner une carte blanche à un magicien qui manie si bien les rouges et les noires n’est pas sans risque. En ce vendredi 13 février, au Daki Ling, Yann Frisch avait la possibilité « d’inviter n’importe qui. Vraiment n’importe qui. » C’est exactement ce qu’il a fait.

Trois univers improbables se sont heurtés ce soir-là. Il ne s’agissait pas d’un spectacle, plutôt d’un assemblage de personnalités et de leurs délires. Que donnerait la recette avec un peu plus de préparation, de scénarisation et de mise en scène ? Le résultat obtenu en un minimum de temps (ils se sont retrouvés le matin même pour mettre au point la prestation) laisse présager du meilleur.

Trio de clowns

Pendant une heure, les trois magiciens ont joué de l’espace intimiste de la salle. Tout proche du public, idéal pour le type d’illusions proposé. Idéal aussi pour l’interaction avec les spectateurs. La magie n’étant en fait qu’une porte d’entrée sur l’univers de ces trois clowns. Un trio tout en décalage, dans leurs pratiques et dans les différences de leurs registres. Avec les deux invités en Auguste, et leur hôte, à contre-emploi, en clown blanc. Tellement décalés qu’on est souvent tout proche du dérapage. Parfois même un peu au-delà, mais tout reste sous contrôle.

Raymond Raymondson, le looser mythomane, rate tous ses tours et compense par des mimiques et une gestuelle irrésistibles. Négligent dans son matériel, il ne peut faire apparaître que des animaux morts. Mais grâce à son sourire désarmant, il parvient à mettre le public dans sa poche, et à l’y maintenir en meilleure forme que ses oiseaux ou lapins.

Alain Demoyencourt, lui, n’a pas besoin de ça. Il déteste les applaudissements, préfère être hué. Ses tours sont pourtant réussis, il fait surgir une bouteille en verre ou une boule de pétanque d’un sac en papier vide. N’empêche, le personnage est aigri, désagréable avec tout le monde, et particulièrement odieux avec les enfants. Mais c’est pour leur bien. Pour les habituer à ne surtout pas obéir sans réfléchir.

Yann Frisch enchaîne les passes-passes cartomaniaques et conclut la soirée avec quelques balles rouges et une carafe d’eau pour son célèbre Baltass. Redevenu Auguste, il mêle le jonglage et l’art de la disparation dans un numéro exceptionnel, qui lui a valu le titre de champion du monde de magie en 2012.

Au final, on regrette seulement de ne pas voir les trois artistes jouer un peu plus ensemble. Faute de temps, leurs palettes n’ont pu être totalement exploitées. Le jeu d’acteur de Yann Frisch mériterait de s’affiner, tandis que Raymond Raymondson en garde encore certainement sous le capot. Et on s’inquiète en se demandant jusqu’où Alain Demoyencourt pourrait aller… On aimerait bien voir ! A suivre ?

JAN-CYRIL SALEMI
Février 2015

Photo : Compagnie L’Absente – Yann Frisch © Daniel Michelon

Le Daki Ling, à Marseille, accueillait le 13 février la Carte Blanche à Yann Frisch, avec Raymond Raymondson et Alain Demoyencourt, dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque.

A lire :
La critique de Zibeline sur le dernier spectacle de Yann Frisch, Le Syndrome de Cassandre

 

Daki Ling
45 A rue d’Aubagne
13001 Marseille
04.91.33.45.14
http://www.dakiling.com/