Simon Liberati signe avec Les Démons une charge joyeuse contre les années 1960

DécadanseLu par Zibeline

Simon Liberati signe avec Les Démons une charge joyeuse contre les années 1960 - Zibeline

« C’est bien ?

– Non, enfin pas si mal mais on dirait un livre de vieux. Un bouquin écrit par quelqu’un d’autre. »

Nombreux sont les échanges lapidaires qui truffent Les Démons. Moins nombreux, mais tout aussi marquants, sont ceux qui s’attaquent en règle à l’imaginaire littéraire de leur auteur, imaginaire aussi foisonnant que suffocant. Et il faudra bien du courage pour s’atteler, après trente premières pages assez insoutenables, à la chronique de cette fratrie élargie, incestueuse et cocaïnomane. On aurait cependant tort de se priver des Démons. Tout comme Les Damnés de Visconti, inspiration évidente de l’auteur, les personnages incarnent ici autant leur époque que toutes les décadences qui les ont précédés, et celles qui leur succèderont. Les Démons s’ancre à la fois dans la littérature d’un XIXe siècle finissant, dans le tournant des romans à clefs modernistes des années 1920, et dans la tradition de ces récits au vitriol, intemporels, de la fin d’une aristocratie. À juste distance de ses personnages malaimables, mais toujours humains, Simon Liberati érige le portrait peu reluisant d’une décennie dont on a trop complaisamment célébré la soif de liberté. On y croise, comme souvent, des personnalités devenues personnages : Johnny Hallyday comme Brigitte Bardot, Tennessee Williams comme un hilarant Truman Capote. La valse est joyeuse, mouvementée, et tragique. Ici encore, c’est aussi de nos paradoxes contemporains que Simon Liberati nous parle. Et brillamment.

SUZANNE CANESSA
Août 2020

Les Démons
Simon Liberati
Editions Stock, 20,90 €

En librairie le 26 août