Vu par Zibeline

CineHorizontes donne un coup de projecteur appréciable sur le cinéma mexicain d’aujourd’hui

De Veracruz à Tijuana, cinéma mexicain d’aujourd’hui

• 6 novembre 2015⇒13 novembre 2015 •
CineHorizontes donne un coup de projecteur appréciable sur le cinéma mexicain d’aujourd’hui - Zibeline

Le festival de cinéma espagnol à Marseille CineHorizontes étend ses regards sur d’autres cinématographies comme, cette année, celle du Mexique. Si le cinéma mexicain a perdu l’éclat qu’il avait naguère, une production très vivante existe et le 9 novembre deux films mexicains étaient projetés pour illustrer ce qui semble être deux de ses tendances.

Palma Real Motel de Aaròn Fernández ferait partie de la première qui s’intéresse aux petites gens sans histoire dans une mise en scène minimaliste et retenue. Le titre original Las Horas muertas aide sûrement mieux à comprendre le projet : rendre compte de l’ennui et de la tristesse. Sebastiàn, presque 18 ans, est amené à gérer seul le Palma Real Motel de son oncle. Coincé entre route à grande circulation et océan, entouré de cocotiers, ce motel aux couleurs criardes un peu passées, accueille des couples illégitimes pour des rendez-vous discrets et rapides. Accueillir les clients, leur fournir le nécessaire, changer les draps et nettoyer la chambre, tel est le rôle peu exaltant qui est dévolu à Sebastiàn. Miranda, jeune femme chargée de vendre de l’immobilier sur cette côte (la Costa Esmeralda à Veracruz) fréquente le motel pour y retrouver un amant qu’elle attend parfois en vain. Inévitablement les deux solitudes vont se rencontrer. Le réalisateur réussit assez bien à rendre compte de la morosité du lieu, comme lieu symbolique des conventions sociales et de leur hypocrisie, mais la tristesse et l’ennui de ses personnages ne vont pas plus loin que leur simple représentation. Le scénario aux scènes souvent prévisibles car un peu lourdement annoncées se perd dans des micro-intrigues secondaires sans importance majeure .Palma Real Motel est le  second long métrage d’Aaròn Fernández. On attend le prochain!

The Workers de Jose Luis Valle ferait partie d’une autre tendance, hyperréaliste et souvent violente, qui aborde les maux de la société mexicaine. The workers , ce sont Rafael et Lidia. Ils vivent à Tijuana, qui a pu être considérée comme une des villes les plus violentes du monde. Rafael, modeste agent d’entretien dans une fabrique d’ampoules électriques, est à la veille de prendre sa retraite, Lidia est au service d’une richissime excentrique qui n’a d’yeux que pour sa chienne Princessa. Ces deux-là ne se rencontrent pas mais on comprend qu’ils se sont séparés après la mort de leur jeune garçon trente ans auparavant. Pour une sombre histoire de papiers qui ne sont pas en règle, Rafael se voit refuser sa retraite et la patronne de Lidia à sa mort lègue sa fortune à son chien, ainsi que toute sa domesticité totalement dévouée au service de l’animal. Des plans très larges souvent fixes, une économie extrême dans le montage sont le signe d’un style personnel impressionnant. La distance prise par le réalisateur est au service d’une ironie glaciale quand ses deux héros se révèlent moins passifs qu’il n’apparaît et que, floués et broyés par le système de leurs maîtres, ces esclaves trouvent les moyens de renverser l’ordre des choses qui leur est imposé. Vieille dialectique, solution individuelle, mais mises en œuvre avec quelle efficacité, quelle modernité, quelle noirceur sardonique. Les deux séances, précédées par la prestation de la chanteuse mexicaine Gabriela Bay, accompagnée par le violoncelle d’Emmanuel Cremer, constituent un coup de projecteur appréciable sur le cinéma mexicain d’aujourd’hui.

ANDRE GILLES
Novembre 2015

The Workers © ASC Distribution


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