Le MasToc des Pas Perdus à voir quartier Griffeuille, à Arles, jusqu'au 29 septembre

De pierre et d’artVu par Zibeline

• 1 juin 2013⇒29 septembre 2013 •
Le MasToc des Pas Perdus à voir quartier Griffeuille, à Arles, jusqu'au 29 septembre - Zibeline

Pendant que les préparatifs des festivités photographiques battent leur plein au centre d’Arles, plus loin l’unique projet de la ville labellisé Quartiers créatifs/Marseille 2013 n’est pas perdu pour tout le monde
À l’écart du centre de toutes les attentions culturelles et touristiques le quartier populaire Griffeuille, en cours de réhabilitation renoue avec une certaine joie de vivre en commun. Pour quatre mois encore. Le collectif artistique Les Pas Perdus s’y est installé pour développer un projet spécifique avec ses habitants dès 2012. On avait pu suivre un parcours composé de panneaux figurant un arlésien(ne) en prise avec un gros rocher, pour débouler dans cet ensemble HLM des années soixante, sans qualité architecturale, encore moins patrimoniale, plutôt morose, avec sa cohorte de dérives sociales. Et le résultat visible n’avait pas plu à certains : des bassines en plastique rose ou bleu vif, panières désuètes maronnasses, gamelles bosselées, guidon de vélo, plaques de formica, miroirs piqués, amassés autour d’une hallucination de cabanon (plutôt qu’un mas), le MasToc, qu’entourent une centaine de blocs de pierre (allusion aux anciennes carrières proches) complétés d’objets incongrus.
Support d’inventions créées par les habitants accompagnés dans leurs désirs sur le mode «épouser la proposition de l’habitant» aime à dire Guy-André Lagesse : «Le rocher est ici un objet d’ancrage, une forme particulière d’objet transitionnel pour un collectif constitué le temps d’une rencontre entre artistes et «occasionnels de l’art»». De pesant et inconfortable il est devenu léger, transformé en lieu d’accueil comme cette brouette pivotante inclinée pour voir vers le ciel, le soleil, les étoiles, «pour s’échapper de tout ça» (Françoise montre le quartier). Car pour quelles raisons, selon quels modèles culturels, ces pierres brutes aménagées par ces MastoCoeurs seraient-elles moins authentiques qu’une fraction de César exhibée à l’envie dont la vérité n’est pas intégralement attestée ? Il y a là erreur sur la beauté, l’officielle, reconnue, échangeable -à moins que ce ne soit sur la question du laid-. Sur la place Jules Vallès la concrétude et la symbolique du roc outrepassent l’idéal antique taillé dans le marbre ou la destinée dramatique de Sisyphe (le vélo selon Janine).
Il est aussi une voie pour conjurer ce qui semble fatal : «Ce qui me plait c’est que ce n’était pas écrit d’avance» insiste Jean-Pierre. Ce que la créativité vernaculaire nous apprend de chacun réactivant lien social et bienveillance, bouscule aussi les habitudes de nos représentations. Certains tiquent sur ce Mas (soi-disant) Toc et notamment sur son coût (1) attendant légitimement autre chose des plans de rénovation. Mais contribuer à revaloriser ce qu’il y a chez et en soi n’est pas inutile pour retrouver un peu de dignité. Ne masquons pas les  rôles. Ni l’art, ni la culture, ni l’éducation ne peuvent se substituer aux responsabilités et aux décisions de l’économique et du politique. «L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art» exauçait Robert Filliou. On a commencé à Griffeuille.

CLAUDE LORIN

Juin 2013

1Budget en cours : 225 000 € dont 100 000 MP13, ville d’Arles 45 000, ACCM 28 000, SEMPA 15 000, Les Pas Perdus 15 000 + appuis techniques et matériels d’entreprises

Le MasToc
jusqu’au 29 septembre
Quartier Griffeuille, Arles
04 91 50 07 38
www.lespasperdus.com
www.MP2013.fr

Photo : le MasToc, Les Pas Perdus, Griffeuille, Arles, 2013, vue partielle (c) C. Lorin/Zibeline