Le festival Les Musiques s’éclate en 2013…

De l’intime à l’épique…Vu par Zibeline

Le festival Les Musiques s’éclate en 2013… - Zibeline

Le festival Les Musiques s’éclate en 2013… dans l’espace, le temps et par sa programmation plurielle ! En deux jours, on passe du laboratoire intime de création que constitue, encore aujourd’hui, le quatuor à cordes, à une fresque sonore frôlant la démesure.

Éternel quatuor…

Le 4 avril à La Friche, avec Jonathan Harvey (2003), on plonge aux origines du son, quand le frottement de l’archet n’est encore qu’un souffle, avant qu’il ne se fonde en fréquences qu’un dispositif électronique, étendant le rôle traditionnel du quatuor en superpositions et boucles, projette dans l’espace. Chez Saed Haddad et sa création Mirage, Mémoire, Mystère, le violon supérieur assume son leadership, chante, murmure par bribes au-dessus d’une palette homogène, soignée, où l’émotion trouve sa place. Défendu par les Quatuors Tana et Ictus String, le double programme jette un regard rétrospectif vers deux chefs-d’œuvre de Bartok (4e Quatuor) et Janacek (Lettres intimes) : leur modernisme intrinsèque pose des bases, dès 1928, pour une littérature à venir. Même l’électron libre John Cage cèdera en 1949 à la tentation d’une forme statuaire qui réinvente obsessionnellement ses codes…

Oratorio homérique !

Les 6 et 7 avril, le vaisseau du Merlan est prêt pour L’Odyssée 2013 mise en musique par Oscar Strasnoy sur un livret d’Alberto Manguel. Ce projet, porté au long cours par Musicatreize, trouve son aboutissement en l’année Capitale !

Impressionnant : des choristes partout ! Près de 250 chanteurs encadrent le dispositif instrumental original (orgues/synthés, bois, timbales, wood-blocks), le public, jusque dans son dos… Tout est millimétré dans la mise en espace de Jeanne Roth, le travail accompli, sur une partition difficile pour des amateurs, par la pléiade de chefs de chœur qui relayent les gestes de Roland Hayrabedian.

L’œuvre est bâtie sur une structure antique alternant solistes et chœurs, une narration portée par un récitatif moderne et l’universalité des langues. Tout y est d’Homère : de la guerre de Troie à l’interminable retour, du Cyclope à Calypso et Circé, Pénélope ou Télémaque, autant de rôles assumés avec brio par les solistes de Musicatreize. Seul, le héros maudit manque à la distribution, s’échappe sans cesse, errant, regretté… Les tableaux sonores évitent l’effet facile, s’emboitent par taches étales qui dévoilent l’épopée, en tuilages chorals spatialisés, parlés/chantés, dont le chœur des Sirènes et sa touche française constituent un sommet.

JACQUES FRESCHEL
Avril 2013

Le Festival les Musiques se poursuit jusqu’au 15 mai