Superbe adaptation de La Dispute par Agnès Régolo

De l’innocence de la pommeVu par Zibeline

Superbe adaptation de La Dispute par Agnès Régolo - Zibeline

Lequel des deux sexes a le premier fait preuve d’inconstance ? La pièce en un acte de Marivaux, La dispute, s’amuse à tenter une expérience : quatre jeunes gens élevés séparément dans un cadre sauvage vont se rencontrer pour la première fois. Qui, parmi eux, trahira ses vœux le premier ? La metteure en scène Agnès Régolo s’empare de l’œuvre avec finesse, lui accorde un caractère intemporel, nourri d’une fraîcheur vivifiante. En prélude, une scène de L’ours de Tchékhov voit le jeune propriétaire terrien de la pièce initiale (Kristof Lorion), devenu créancier d’un théâtre, réclamer son argent auprès d’Elena (Catherine Monin), veuve depuis sept ans, et ici, directrice de ce théâtre, en une belle mise en abyme de la situation actuelle.  À ses propos dénigrant les femmes, toutes infidèles, la veuve répond vertement, faisant preuve d’un caractère aussi volcanique que son adversaire, qui tombe amoureux « la tête la première »… La dispute répond à cette entrée en matière farcesque et facétieuse. Le panneau servant de plafond bascule tel un miroir, devient écran sur lequel une forêt mouvante est projetée. En écho, les deux adultes de L’Ours endossent les rôles de Mesrou et Carise, qui ont élevé, tels des metteurs en scène, les quatre jeunes gens : Mesrin (Salim-Eric Abdeljalil), Églé (Rosalie Comby), Azor (Antoine Laudet), Adine (Édith Mailaender). À la question rhétorique initiale est censée répondre la dernière phase de l’expérience psychologique mise en place. Églé contemple son reflet dans l’eau d’un ruisseau avec un enthousiasme sans retenue. La découverte de soi, exercice narcissique émerveillé, permet d’exercer son pouvoir sur l’autre, y trouve sa propre sublimation… les sexes opposés se fascinent tandis que les deux jeunes filles se heurtent, éprouvant les affres d’une jalousie inconsciente, et que les garçons s’entendent en une complicité qui pourrait virer au trouble… Le bonheur des corps qui exultent, les danses en intermèdes, les eaux de la rivière éclaboussées, tout se conjugue en un rythme soutenu avec une jubilation communicative. L’égalité de l’expérience de soi et de l’autre est célébrée, s’achevant par l’espiègle et profonde pirouette : « Les hommes sont des femmes comme les autres ». Génial hymne à la vie !

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2020

Filage vu le 3 novembre au Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographies : photos de répétition © Fred Saurel

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/