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Vu par Zibeline

Mam’zelle Nitouche à l’Opéra de Toulon

De l’émancipation féminine

Mam’zelle Nitouche à l’Opéra de Toulon  - Zibeline

Dernier grand succès de son auteur, Mam’zelle Nitouche ouvrait cette année en fanfare la saison lyrique de l’Opéra de Toulon en partenariat avec le Palazzetto Bru Zane, centre de musique romantique française. Dans cet ouvrage créé en 1883, mis en scène par Pierre-André Weitz, la musique d’Hervé présentait toutes les caractéristiques d’une opérette qualifiée pour l’occasion de comédie-vaudeville avec forces fanfares et tempi allègres. Sur une intrigue rocambolesque racontant la vie d’une jeune fille entrée au couvent et promise à un militaire, à sa sortie, sans le savoir ; l’histoire bascule quand celle-ci, en désobéissant et sous une fausse identité, laisse libre court à sa passion pour le théâtre et remplace au pied levé une prima donna un soir de première dans une œuvre composée par l’organiste du couvent, personnage étrangement autobiographique et aussi double vu les circonstances. Oscillant toujours entre le sérieux et la plaisanterie, les paroles du livret d’Henri Meilhac et Albert Millaud y flirtent allègrement avec les limites du bon goût, dans un humour de comique troupier avant l’heure et presque franchouillard. Au final, même si le théâtre transformait un mariage de convenance en un mariage d’amour, on pouvait quand même se demander si cette « Sainte Nitouche » n’était pas insidieusement un vieux fantasme masculin. Comme le veut la tradition, c’est surtout aux talents de comédiens des artistes que faisait appel la mise en scène tant abondaient les passages parlés relevant davantage du théâtre que du chant. Vocalement, le plateau était néanmoins bien équilibré et les artistes se muaient tour à tour en chanteurs, danseurs et acteurs dans une mise en scène dynamique où ils évoluaient avec une ferveur théâtrale jubilatoire : un vrai numéro d’athlètes équilibristes. Sur le plan scénique, le décor unique du couvent au premier acte laissait place à une ingénieuse machinerie où trois décors montés sur un prisme entraient en rotation dans les 2 actes suivants, emballant avec loufoquerie la mécanique du spectacle. Sur le fond comme sur la forme on riait en définitive beaucoup, tant le propos pouvait s’avérer moqueur à l’égard de la religion comme des troupes militaires. Gageons que cette plaisanterie aura su convaincre son public. Les absents pourront quoiqu’il en soit se consoler avec le disque, puisque la production était ensuite enregistrée in situ.

ÉMILIEN MOREAU
Novembre 2017

Mam’zelle Nitouche a été donné les 13 et 15 octobre à l’Opéra de Toulon

Photographie : Mam’zelle Nitouche ©   Frédéric Stéphan


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