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Vu par Zibeline

Une riche soirée à Salon, festival international de musique de chambre de Provence

De l’égrégore ?

• 1 août 2018 •
Une riche soirée à Salon, festival international de musique de chambre de Provence - Zibeline

Deux clarinettes mêlent leurs sonorités tubées dans l’acoustique généreuse de l’église Saint-Michel à Salon. Le talent des artistes qui se produisent au festival ferait presque oublier l’atmosphère lourde d’une après-midi d’été caniculaire au cœur de la Provence. Elle, Romy Bischoff, est une jeune artiste qui fait vibrer son anche avec expression, distillant des sonorités suaves et rondes. Lui, Paul Meyer, est un éternel jeune homme passionné par la facture des instruments à vent (Buffet Crampon sponsorise l’événement). Sa palette plus incisive et directe – faisant parfois penser à celle d’un saxophone soprano – donne du contraste aux duos interprétés. On réalise en leur compagnie, le chemin parcouru, en matière d’écriture musicale, entre Carl Philipp Emanuel Bach et Philippe Hersant : plus de deux siècles qui conduisent à une tonalité digérée, réinventée, polychrome, mais dont l’expression revendique communément la simplicité et la clarté. Quand le piano d’Éric Le Sage s’en mêle, la touche s’affine, limpide avec Pierné (Canzonetta), puis s’enrichit du vocabulaire de Debussy (Rhapsodie n°1), sommet expressif du récital, avant que Schubert n’en rajoute une couche. La transcription pour deux clarinettes du Pâtre sur le rocher s’avère tour à tour flamboyante de virtuosité, sombre à l’image du « Sehnsucht » germanique et printanier en guise d’espérance !

Montée au Château !

Dans la cour Renaissance du Château de l’Empéri, les gradins sont montés. Un orage guette… il faut bien que l’été exulte de ce côté-ci. De grosses gouttes interrompront quelques minutes le discours Beethovénien, encore très classique (et un peu longuet) du Trio op. 38. À la reprise, on aura perdu quelques degrés… et gagné en fraîcheur.

Dans leur duo à quatre mains (Images d’Orient de Schumann), Geoffroy Couteau et Éric le Sage ne respirent pas toujours à l’unisson, ne jouent pas ensemble au fond des temps, tandis qu’après plus de 25 ans de collaboration, Éric Le Sage et Paul Meyer se trouvent les yeux fermés. Bernstein (on célèbre en 2018 le centenaire de sa naissance) leur donne des ailes. Dans sa Sonate pour clarinette, même Éric Le Sage, à la gestique d’ordinaire réservée, se prend au jeu rythmique du compositeur américain !

Après l’entracte, trois musiciens vont, par leur écoute mutuelle et une même approche sensible de Brahms, faire preuve d’une formidable osmose expressive. Le violoncelliste Claudio Bohórquez, semble donner le ton dans le Trio n°1 ; Geoffroy Couteau moule son clavier dans sa ligne de chant, vibrante et souple, tandis que la violoniste Natalia Lomeiko, malgré un jeu plus tonique, trouve sa place dans cette belle harmonie. Cela semble si simple ; c’est simplement beau… Comme tout ce que l’on entend chaque jour à Salon, festival international de musique de chambre de Provence !

JACQUES FRESCHEL

Août 2018

Concerts donnés le 1er août 2018 dans le cadre de Salon, festival international de musique de chambre de Provence

Jusqu’au 8 août festival-salon.fr 04 90 56 00 82

Photos © Aurélien Gaillard


Château de l’Empéri
Montée du Puech
13300 Salon-de-Provence
04 90 56 00 82
http://festival-salon.fr/