Vu par Zibeline

Performance à la Médiathèque des Carmes avec Les Nouvelles Hybrides

De l’art des nombres

Performance à la Médiathèque des Carmes avec Les Nouvelles Hybrides - Zibeline

Ceci est une Sonate, « petite forme hybride pour voix et violoncelle », concoctée à la demande de l’association Les Nouvelles Hybrides, ouvrait la saison nouvelle : l’écrivain Emmanuel Adely et l’auteur-compositeur Colin Roche tissaient leurs lectures dans une création performée accompagnée du violoncelle d’Éric-Maria Couturier. La surface des choses se pare de profondeur et l’acuité du regard des artistes nous plonge dans les réminiscences, souligne l’infime qui devient révélateur, brasse les « grands évènements » avec un détachement ironique et nous emporte dans de nouvelles scansions. Car tout est rythme, mots, notes, silences, respirations que l’on retrouve à la lecture des œuvres. Les deux auteurs disent leurs propres textes, certains publiés, d’autres écrits pour la circonstance ; Emmanuel Adely poursuit le travail de diariste de Je paie (éditions Inculte/dernière marge) en le prolongeant jusqu’à la veille du spectacle avec la mention de la mort de Jacques Chirac, « grand amateur de bière et de tête de veau »… Les textes s’arc-boutent sur des leitmotive, ou sur le décompte des pulsations cardiaques avec Colin Roche, cèdent à la fascination des nombres… Le point de départ de cette écriture n’est autre que le peintre Roman Opalka dont les Détails accumulent les suites de nombres peintes sur une toile. L’art pictural se retrouve dans la lecture glaçante de et sic in infinitum (E. Adely, éd. Malo Quirvane), un « andante » inspiré du Portrait d’Alof de Wignacourt du Caravage. Tout se meut dans l’« épaisseur du flux », phrasés ayant dépassé le simple métronome, pour épouser le mouvement de l’imaginaire, créer et vibrer dans les espaces largement ouverts. Dans une ultime séquence de cette construction musicale, l’interprète enveloppe le violoncelle d’un pan de papier, moule les cordes dans cette tenue blanche, y pose l’archet qui se meut en une expression muette qui parfois laisse échapper un son. La feuille, moule initial, devient sculpture, souvenir de l’instrument… à l’instar des mots, échos de ce qui nous entoure et nous habite.

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2019

Ceci est une Sonate s’est joué le 27 septembre à la Médiathèque Les Carmes, Pertuis

Photographie : de gauche à droite Colin Roche, Éric-Maria Couturier, Emmanuel Adely © MC