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Maurice Ohana, Zad Moultaka et François-Bernard Mâche interprétés par Musicatreize

De l’antique au contemporain

Maurice Ohana, Zad Moultaka et François-Bernard Mâche interprétés par Musicatreize - Zibeline

En ouverture de saison, l’ensemble Musicatreize proposait un programme construit autour d’extraits des 24 préludes pour piano de Maurice Ohana, et des deux compositeurs contemporains Zad Moultaka et François-Bernard Mâche. Cinq des 24 préludes (hommage à Chopin) étaient interprétés par le piano précis et élégant de Victoria Harmandjieva, le 1, à la clarté ascendante, le 7, aux accents Debussystes, le 8, moiré de pluie, le 9, aux accents jazzy, le 10, aux couleurs lumineuses et emportées… Deux œuvres de Zad Moultaka enserraient ces fulgurances inspirées : Sept variations sur un Mouwachah (poème à forme fixe, arabe ou hébreu de 5 à 7 strophes rimées, inventé en al-Andalus au XIe siècle), dont modulations et rythmes orientalisants, décalages, respirations, échos des récits d’une Shéhérazade, s’estompent dans l’obscurité qui s’installe progressivement sur le plateau, magie nocturne des notes égrenées du piano, telles un chant de grillons. Avec La Scala del Cielo, le piano se transforme en instrument percussif, la pianiste au clavier et le percussionniste Christian Hamouy sur la caisse et les cordes, rythmes auxquels répondent les douze chanteurs, sopranos (Kaoli Isshiki, Élise Deuve, Claire Gouton), altos (Estelle Corre, Sarah Breton, Marie-George Monet), ténors (Xavier de Lignerolles, Jérôme Cottenceau, Gilles Schneider), basses (Patrice Balter, Grégoire Fohet-Duminil, Éric Chopin). Le texte en italien d’après le Livre des morts des anciens Égyptiens, projeté sur un écran, est modulé, repris, répété, fait sonner les allitérations, dessine un univers heurté où sifflent comme des serpents les démons de Sek. À cette œuvre étonnante répondait la composition de F.-B. Mâche, Danaé pour 12 voix et percussions. Les chanteurs y sont éblouissants de virtuosité, se font insectes, oiseaux, vent, mer, donnent à percevoir le monde dans ses plus intimes frémissements. Cette palpitation était rendue sensible dans la première pièce, Invocation pour 6 voix et percussions (avant-première à laquelle se joignait le percussionniste Raphaël Simon), par de somptueux élans qui savaient se résoudre en murmures propices à l’éclosion des mystères de la création.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2017

Le concert a été donné le 31 octobre, salle Musicatreize à Marseille

Photographie : Zad Moultaka © Charlelie Marange


Salle Musicatreize
53 Rue Grignan
13006 Marseille
04 91 00 91 31
musicatreize.org