Deux expositions, Mer & ciel et Outremer, à voir au Musée de Toulon puis, pour la seconde, à la Villa Noailles de Hyères

De la terre jusqu’au ciel…Vu par Zibeline

• 27 septembre 2013⇒12 janvier 2014, 6 octobre 2013⇒26 janvier 2014 •
Deux expositions, Mer & ciel et Outremer, à voir au Musée de Toulon puis, pour la seconde, à la Villa Noailles de Hyères - Zibeline

L’espace d’une peinture, d’une vidéo ou d’une photographie, les artistes contemporains s’emparent d’un genre pictural né au XVIIe siècle en Hollande : la marine. Et, Quelque soit la minute du jour, pour emprunter le titre à une série d’Olivier Masmonteil, ils subliment l’infini maritime et aérien. Ils flirtent avec la vague, la lumière, les nuages. Ils tanguent, s’envolent, se noient et nous racontent leur odyssée. En virtuose de la couleur, Olivier Masmonteil saisit toute l’intensité du plus imperceptible mouvement de lumière à l’île de Pâques comme au golfe du Morbihan. Les photographies de Cyrille Weiner à la presqu’île de Giens et de Joël Tettamandi aux anciens Salins à Hyères actent d’une vision objective du réel : «lieu extrême de situation mentale» chez l’un, traces de la présence humaine dans un paysage aujourd’hui préservé chez l’autre, ou encore scènes de Temps libre à la plage chez Julie Ganzin. Dans la série vidéo Falaises, l’approche de Marcel Dinahet est totalement physique, la caméra à fleur d’eau brouille la frontière entre terre, ciel et mer… Bernard Plossu, comme à l’accoutumée, fragmente le paysage pour en révéler les détails : tatouage d’une sirène sur un bras musclé, ressac, grues de l’Estaque vues d’un train la nuit. Dans les photographies silencieuses d’Éric Bourret, les éléments naturels touchent à l’abstraction, ils se délitent, se répandent, fusionnent et provoquent chez le spectateur une perte de repères extatique. Une réflexion sur l’immobilité, en quelque sorte, partagée par la vidéaste Caroline Duchatelet qui affectionne les vibrations infimes du paysage dans son rapport insondable avec le temps. Qu’il s’agisse des Nuanciers ou des Mers, les séries photographiques de Jacqueline Salmon dévoilent une appréhension quasi picturale de la nature, du vent, des mouvements de la terre et de la vague. Comme s’il fallait à tout prix gommer la sensation d’intranquillité. L’expérience se poursuit, presque à l’infini, avec l’épopée poético-cosmique d’Ange Leccia et les rêves immergés de Muriel Toulemonde.

… en passant par l’Outremer

Djibouti, Nouméa, Méditerranée, Toulon : le nouveau portfolio de Charles Fréger réalisé entre 2010 et 2013 dans le cadre des résidences artistiques de la Villa Noailles, embrasse non pas l’armée d’un territoire, fut-il morcelé, mais le «territoire de l’armée en tant que communauté». C’est l’une de ses nombreuses expéditions dont il parle comme d’une «campagne photographique», lui qui, jeune étudiant aux Beaux-arts de Rouen, réalisait déjà des portraits de marins ! Avant de s’intéresser à la figure du légionnaire dans le Sud de la France, puis aux fusiliers marins et plongeurs démineurs de l’arsenal de Cherbourg… Volontairement laissée hors de son chemin, Tahiti apparaît au gré des déhanchements de vahinés filmées en plans fixes à Toulon et Fréjus, sans parole ni musique. Taches de couleurs mouvantes qui tranchent avec les portraits statiques des hommes et des femmes figés dans leur uniforme et leur décoration, visages impassibles, le regard souvent tendu vers l’horizon, «collés» sur des fonds paysagers immenses, ouverts à d’autres possibles… Perdus dans un décor trop grand pour eux ? De dos, de face ou de profil, ils sont tous photographiés de manière frontale, quasi abrupte, immobilisés dans leur salut, jumelles, trompettes ou armes à la main. Une frontalité sévère qui accuse plus encore le halo d’irréalité qui les enveloppe, ce «réel recoloré» totalement subjectif : plus la posture est surjouée, plus le sujet évoque la statuaire (ou les figurines de plomb de l’enfance…) et plus le paysage (la mer, le sable blanc ou le désert volcanique) semble exagérément fantasmé. C’est un ailleurs bon marché, exotique, que Charles Fréger met en scène en arrière-plan comme une vulgaire carte postale, une toile de fond avec laquelle la figure fait corps, comme elle fait corps avec les forces armées qu’elle représente. Paradoxalement, c’est un tout, indissociable, l’un ne représente plus rien sans l’autre ! L’un ne signifie plus rien sans l’autre… Par le plus étrange des hasards, trois semaines après le départ du photographe de Djibouti, la demi-brigade quittait le golfe d’Aden pour Abou Dhabi. Il reste ses photographies.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Octobre 2013

Mer & ciel
jusqu’au 26 janvier
Musée d’Art, Toulon
04 94 36 81 01
www.toulon.fr
Catalogue édité par le Musée d’Art, texte Philippe Piguet, 5 €

Outremer
jusqu’au 17 novembre
Musée d’Art, Toulon
du 21 novembre au 12 janvier
Villa Noailles, Hyères
04 98 08 01 98
www.villanoailles-hyeres.com
Catalogue édité par Archibooks, photographies Charles Fréger, préface et notices Raphaëlle Stopin, 30 €

Photo : Falaises © Marcel Dinahet et © Charles Fréger, Outremer, 2011-2013

 

Villa Noailles
Montée Noailles
83400 Hyères
04 98 08 01 98
http://www.villanoailles-hyeres.com/