Samson et Dalila fait trembler les murs du Théâtre antique d’Orange

De la séductionVu par Zibeline

Samson et Dalila fait trembler les murs du Théâtre antique d’Orange - Zibeline

Conçu pour l’édition de 2020, le très attendu Samson et Dalila habilement mis en scène par Jean-Louis Grinda avait déjà conquis, en 2018, le public monégasque. Il n’a fait qu’une bouchée de celui des Chorégies.

La distribution, idéale, est évidemment pour beaucoup dans ce succès. Celle-ci rassemble Roberto Alagna, qui s’est imposé comme le plus grand interprète contemporain de Samson, et Marie-Nicole Lemieux, qui l’avait accompagné lors d’une version concert il y a trois ans. L’alchimie entre les deux interprètes demeure intacte une fois transposée à la scène : sur le vaste plateau du Théâtre Antique, le timbre corsé et la voix puissante d’Alagna, qui sait passer en une note de la joie au sanglot, se marient à merveille au vaste ambitus de Lemieux, convoquant aussi bien les graves sensuels prêtés au registre de la contralto qu’une vraie finesse dans les aigus. Ce Samson-là semble à peine sorti de l’enfance, fasciné par la séduction complice et sensible d’une Dalila chaleureuse, qui préfère à la carte de l’exotisme celle d’une inquiétante familiarité.

Présents lors de la création monégasque, Julien Véronèse, Marc Larcher et Nicolas Courjal demeurent d’une solidité admirable, et nous gratifient d’un Abimélech particulièrement incarné, d’un Philistin robuste et d’un vieillard hébreu aux graves opulents. Rejointe par Christophe Berry et Frédéric Caton, l’équipe des Philistins est d’une efficacité hors pair. La prise de rôle de Nicolas Cavallier en Grand-Prêtre de Dagon est quant à elle une belle révélation, qui donne un véritable coup de fouet au début du second acte. Son opulente voix de basse se prête sans faillir à ce rôle pourtant destiné à un baryton. Une belle idée, qui renforce le caractère autoritaire et violent du personnage.

Quelque peu désarçonné en début de générale par l’arrivée en scène de chœurs mobiles -le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo et le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, en bonne forme- et vraisemblablement par le cadre du plein air, l’Orchestre Philharmonique de Radio France reprend vite ses marques, et livre de beaux morceaux de bravoure solistes destinés à intensifier les atermoiements de ses personnages : lorsque la flûte vient accompagner la parade amoureuse de Dalila, ou la harpe les hésitations de Samson. La vidéo d’Etienne Guiol et Arnaud Pottier figure sans difficulté le cadre biblique de l’intrigue, sublimé ici par la beauté monumentale du lieu. Les costumes d’Agostino Arrivabene se révèlent cependant un peu trop péplum pour être honnêtes -slips en similicuir et sandales montantes à l’appui pour les danseurs. De même que la chorégraphie d’Eugénie Andrin, plutôt efficace mais orientalisante à l’excès. Elle rappelle cependant la qualité des Ballets de l’Opéra Grand-Avignon et de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole.

SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Samson et Dalila a été donné le 10 juillet au Théâtre antique, Orange. Les Chorégies se poursuivent jusqu’au 31 juillet

choregies.fr

Photo © Philippe Gromelle