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Tout n'est pas rose aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2018, à voir jusqu’au 23 septembre

De la photo encore et toujours

• 2 juin 2018⇒23 septembre 2018 •
Tout n'est pas rose aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2018, à voir jusqu’au 23 septembre - Zibeline

La Semaine d’ouverture de la 49e édition des Rencontres de la Photographie d’Arles et le OFF passés, il reste du temps et davantage de tranquillité pour découvrir la kyrielle d’expositions, jusqu’en septembre. Même si tout n’est pas si rose.

Si on en croit ce premier bilan de la semaine d’ouverture des Rencontres, tous les indicateurs sont au beau fixe, voire en progrès. Formidable ! De leur côté, les Voies Off, dont le prix éponyme a été attribué à Liza Ambrossio pour son travail The rage of devotion, tentent de maintenir leur cap malgré un budget dangereusement en baisse. Mais loin de la foule des premiers jours, on se sent un peu seul surtout quand les finances sont en berne. Personne n’est prophète en son pays !

Sous d’autres latitudes, la situation n’est guère plus réjouissante. En témoigne Une colonne de Fumée, suggestion faite à onze artistes turcs de présenter ce qu’ils ne peuvent exposer dans leur propre pays. Les propositions sont parfois saisissantes (Ali Taptik, Çaǧdaş Erdoǧan, Nilbar Güres…) et trouvent des échos variés plus loin, dans la programmation officielle comme dans celle du Off, chez Taysir Batniji, ou la thématique Hope à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz (John M. Hall, Matthias Olmeta, Patrick Willocq…) et 1968, Quelle histoire !

Au Musée de l’Arles Antique, Paradisiaque ! questionne l’esprit utopique qui habitait les urbanistes et politiques de la fin des années 60. Passionnant car très documenté, donc un poil trop didactique, ce parcours nous permet d’appréhender les promesses d’un des plus grands projets d’aménagement du territoire du siècle dernier : la Camargue (pas si nature que cela) coincée entre les exploitations industrielle à Fos-sur-Mer et touristique à La Grande Motte de l’autre côté du Rhône, sous le regard de photographe : Lucien Clergue, Lewis Baltz, Jacques Windenberger… Nous sommes loin des bébêtes à se fendre la poire de William Wegman (Être humain) ou des images à l’esthétique tout en retenue de Véronique Ellena (série Les Invisibles), instaurant un dialogue discret (série des Clairs-Obscurs) avec certaines pièces de la collection du musée Réattu, ou s’intégrant dans l’espace muséal (une rose dans la chapelle, le vitrail La Vigne du Clos mixant techniques anciennes et actuelles, toutes deux des créations récentes pour cette première rétrospective).

Quand les figures reconnues ou tutélaires tels Robert Frank, René Burri, Jane Evelyn Atwood ou Raymond Depardon se posent en incontournables de l’histoire de la photographie, la jeune création sait à son tour prendre sa part de risques. À la Maison des Peintres (un nom prédestiné !) 14 étudiants de l’École Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP) ont investi avec ingéniosité les différents étages multipliant les propositions singulières et les médiums (photographie, installations, objets, projections, mises en lumière…) que le visiteur découvre à chaque recoin. Un véritable Work in Progress créatif et jubilatoire à poursuivre avec trois autres de leurs camarades de la promotion 2018 à La Maison des Lices. Prune Phi combine des morceaux d’images du quotidien avec du papier aluminium, du ruban adhésif conférant à ses collages muraux une apparence brute comme des premiers jets ou des affiches lacérées. Avec sa série Ideal Standard, Victor Jaget renvoie non sans acidité amusée à l’entreprise américaine American Standard et aux sanitaires, lieu commun mais inhabituel pour une exposition. Rémi Fernandez propose de réaliser librement des photocopies à partir de photographies originales pour les emporter avec soi, mettant ainsi en jeu la question esthétique et sociale de la fabrication et de l’appropriation des images. Une réflexion qui innerve toute manifestation relative à l’émergence des images, comme ici ces rencontres tant In que Off autour la photographie.

Par contre à Montmajour, Collages(s), un rapprochement Picasso/Godard, ne décolle pas vraiment (le cinéaste cite des œuvres du peintre dans certaines de ses séquences, utilise le collage dans son travail mais les autres liens restent obscurs) et, sur le quai du Rhône, dans la superbe architecture de bambou de Simón Vélez (évoquant une case commune traditionnelle) conçue pour abriter les 40 grands tirages du célèbre moine bouddhiste Matthieu Ricard, on ne peut oublier, doublant cette Contemplation, le coût carbone de la proposition : trois mille troncs venus de Colombie, est-ce bien raisonnable ?

CLAUDE LORIN
Juillet 2018

Photo : Hope, Dmitry Markov, Idritsa, Pskov region, 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Rencontres d’Arles
Voies Off
jusqu’au 23 septembre
rencontres-arles.com
voies-off.com


ENSP
16 Rue des Arènes
13631 Arles
04 90 99 33 33
www.ensp-arles.fr


Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
http://www.arles-antique.cg13.fr/


Voies Off
26 ter rue Raspail
13200 Arles
04 90 96 93 82
http://www.voies-off.com/