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À table en Provence, 1850/1940 : l'identité culinaire régionale exposée au Musée d'art de Toulon jusqu'au 1er mars

De la nature à la table…

• 15 novembre 2014⇒1 mars 2015 •
À table en Provence, 1850/1940 : l'identité culinaire régionale exposée au Musée d'art de Toulon jusqu'au 1er mars  - Zibeline

À l’heure où le MuCEM à Marseille réunit trente sept artistes internationaux autour d’une réflexion sur la terre nourricière, l’agriculture et les systèmes alimentaires (exposition Food, lire ici Zib’79), le Musée d’art de Toulon s’invite à la table des provençaux. Jusqu’au 1er mars, il dresse un banquet champêtre et bucolique de l’identité culinaire régionale à travers ses représentations picturales de 1850 à 1940. Ce panorama prend racine dans la découverte, il y a vingt ans, au cours de recherches sur les paysages de l’École Provençale, d’artistes paysagistes se consacrant à la nature morte une fois rentrés à l’atelier. Et de peintres de genre qui sillonnaient la Provence et représentaient des scènes typiques de la vie avignonnaise, marseillaise et toulonnaise. Cette découverte, Brigitte Gaillard, Conservateur en chef du Musée d’art, ne l’a pas oubliée. Elle redonne ses lettres de noblesse à une tradition académique jugée peut-être aujourd’hui de «ringarde» : «On pourrait croire qu’en Provence il fait si bon planter son chevalet au soleil qu’on préfère manger les fruits plutôt que de les peindre». Certains s’y sont pourtant essayé avec succès, dressant un inventaire des us et coutumes provençales, des arts de la table, du patrimoine culinaire apprécié des ethnologues : compositions luxuriantes des fruits et légumes du Midi (Branches de cerisier, pêches, grenades éclatées de Jean-Baptiste Olive dressé dans un décor de vaisselles précieuses) ; assortiments de poissons (Nature morte à la rascasse, Joseph Odde), de crustacés et de gibiers ; scènes de genre (Poissonnières à Marseille de Charles Camoin, pastel, 1897 ; Repas frugal d’Édouard Crémieux à l’intérieur austère ; La soupe de la grand-mère de Marius Roux Renard qui compile l’essentiel des intérieurs du XIXe siècle : âtre, cruche, soupe ou encore Intérieur de pêcheurs, 1898 d’Henri-Michel Lévy avec les aliments de base qu’étaient l’oignon, le pain et l’huile d’olive). L’ensemble, truculent, est agrémenté de cartes postales anciennes qui témoignent de la vie quotidienne à cette époque en Provence : Marché du cours Lafayette à Toulon par P. Ruat, Une marchande de cade par J. Maurel, photo-éditeur à Toulon…

Après la magnificence des scènes baroques, le réalisme des cuisines rustiques et de l’opulence des maisons bourgeoises, le thème «nature morte et modernité» est illustré par les Fauves provençaux et les artistes venus s’installer en Provence : Seyssaud, Baboulène, Manguin, Valtat, Bonnard, Gensollen, Ambrogiani et Camoin, richement représenté, dont l’œuvre est une «passerelle» pertinente entre les deux sections stylistiques de l’exposition.
Tous ces mets, ces traditions et ces images sont radioscopés par des historiens, des universitaires, des chercheurs et des critiques dans le catalogue À Table en Provence. Le 31 janvier, ils participeront à une journée d’étude sur le thème «Alimentations en Provence, la cuisine provençale entre réalités et représentations». Autres prolongements de l’exposition, les concerts des Voix Animées dans les salles du musée le 7 décembre et le 11 janvier avec un programme de musique a cappella pour six chanteurs.

La «dégustation» se poursuivra en novembre 2015 avec l’exposition Délices d’artistes contemporains représentatifs des «écoles» de Nice, Toulon, Marseille : Bioulès, Traquandi, Brihat, Ducaté, Plagnol, Dantzer, Martin… Du réalisme pictural à la mise en questionnement de l’aliment dans ses enjeux sociétaux, le Musée d’art aura bouclé son tour de table.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2014

À table en Provence, 1850/1940
jusqu’au 1er mars
Musée d’art, Toulon
04 94 36 81 01
www.toulon.fr

Photo : Charles Camoin, Nature morte au paravent, 1905, collection particulière, © ADAGP, Paris, 2014 © Jean-Louis Cosi (Paris)