Lamento, nouvel opus du Café Zimmermann accompagné par Damien Guillon

De la musique pour se réconcilier avec le mondeVu par Zibeline

Lamento, nouvel opus du Café Zimmermann accompagné par Damien Guillon - Zibeline

En résidence au Jeu de Paume, l’ensemble Café Zimmermann ne cesse d’arpenter les méandres de la musique baroque, et en fait découvrir des pièces célèbres ou oubliées. La claveciniste Céline Frisch (pour l’occasion à l’orgue) et le violoniste Pablo Valetti, fondateurs de cette belle formation réunissaient autour d’eux le violoniste Mauro Lopes Ferreira, les altistes Bernadette Verhagen et Deirdre Dowling, le violoncelliste Petr Skalka, le contrebassiste Davide Nava, pour la présentation de leur  CD Lamento (chez Alpha en 2020) avec le contre-ténor Damien Guillon. Un florilège de chants et d’airs de déploration (ces lamentos que l’on retrouve fortement ancrés encore aujourd’hui dans les traditions méditerranéennes) étaient présentés convoquant un subtil échantillonnage de compositeurs du XVIIème siècle. Le concert s’ouvrait avec la Serenata con altre Arie a cinque du violoniste, compositeur et maître de chapelle autrichien Johann Heinrich Schmelzer dont on écouterait en fin de parcours le Lamento Sopra la morte Ferdinand III. La mort n’est pas envisagée alors comme le lieu des larmes mais comme celui d’un accomplissement, d’une sérénité, d’un accord profond teinté d’une joie nouvelle. Damien Guillon en annonçant cette dernière pièce sourit « le roi est mort, vive le roi ! en quelque sorte » … Les oncles de Jean-Sébastien Bach se trouvaient au premier plan, Johann Michael Bach et Johann Christoph Bach. Ach wie sehnlich wart ich der Zeit du premier ne place pas le chanteur en soliste mais tresse sa voix avec celles des instruments en délicates volutes, les mots et les notes ont la même valeur signifiante, tandis que les inflexions d’une élégante pureté du contre-ténor prennent toute leur ampleur dans Ach, dass ich wassers gnug hätte du second. Was Betrübst Du Dich de l’élève de Schutz, Christoph Bernhard s’interroge sur les agitations de son âme en une déploration enlevée. Deux pièces de l’inventif Johann Jakob Froberger, Toccata II et Ricercar offraient les variations d’une pensée qui hésite entre joie et douleur, et répondaient par leur allant aux danses d’Heinrich Ignaz Franz Biber pour lesquelles Pablo Valetti doit changer de violon et en utiliser un « accordé » en « scordatura » (le musicien, espiègle nous fait écouter la différence) c’est-à-dire « désaccordé » avec un changement de tension d’une ou deux cordes de l’instrument pour donner l’impression que des accords différents sont employés. Puis seul sur scène le violoniste interprète avec finesse la fameuse Passacaille, point d’orgue de son cycle Sonates du Rosaire, de Biber qui offre au violon l’une des plus belles pages de l’époque, par une palette somptueuse de couleurs et d’émotions. En bis, l’ensemble complice se lançait dans le beau premier mouvement de la Cantate 170 de Jean-Sébastien Bach, intitulée Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust (Bienheureuse paix, bien-aimée béatitude), invitant à une reprise du sens jusque dans les moments les plus douloureux. Quel diamant !

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2021

Le 26 octobre, Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographie : Café Zimmermann © Petr Skalka

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/