Le Paris Mozart Orchestra au Festival de Pâques

De la musique pour donner du sensVu par Zibeline

Le Paris Mozart Orchestra au Festival de Pâques - Zibeline

« Ce concert se place sous le signe du transmettre et du partage. Il s’agit aussi d’un art de vivre : il n’y a pas à être déconsidérés en tant qu’artistes si l’on va dans les prisons, les centres sociaux, les écoles, les lieux défavorisés. C’est de tout cela que se construit l’épaisseur de l’être, nécessaire pour interpréter douleur, rage, joie, et toutes les nuances de notre appréhension du monde », affirme lors de sa présentation la cheffe Claire Gibault, fondatrice de l’ensemble symphonique Paris Mozart Orchestra, qui se glissait cette soirée-là dans les univers de Jean-Sébastien Bach, Mozart et Bartók.

En ouverture, l’équilibre subtil du Double Concerto pour violon en ré mineur de Bach noue entre les deux solistes, Bilal Al Nemr et Renaud Capuçon (aussi à la direction), une complicité d’émotion où les voltes de l’un répondent aux espiègles frémissements de l’autre. Chaque élan, chaque emportement, se résolvent dans le retour à une harmonie. L’expressivité des instruments épouse avec élégance l’écriture contrapuntique du Cantor de Leipzig, et nous laisse dans un sentiment de plénitude heureuse.

L’inquiétude tragique empreinte de douleur et de rage de la Symphonie n° 25 en sol mineur de Mozart habite totalement le Paris Mozart Orchestra sous la houlette de Claire Gibault qui sculpte la matière musicale avec une précision qui ajoute à l’intensité de la partition. Les syncopes haletantes du thème initial installent une sourde angoisse que le chant des hautbois ourle de nostalgie. De forts contrastes charpentent l’œuvre entre violence et mélancolie, avant un final arpégé, écho de l’ouverture, aux respirations inquiètes. La joie, lumineuse, est portée par les vents, dans ce camée savamment taillé où déjà percent les débuts du romantisme.

Le Divertimento pour orchestre à cordes de Béla Bartók, dirigé avec fluidité par la jeune cheffe Rebecca Tong, mêle la réminiscence des danses et chants populaires de l’Europe de l’Est à la gravité de celui qui les sait perdus pour lui. Bartók compose cette œuvre en 1939, alors qu’il va partir en exil aux États-Unis, il déclarait d’ailleurs à propos du titre : « Divertimento désigne une musique angoissante car elle fait ressentir l’angoisse de l’auteur qui doit retourner à la guerre ». Le « divertissement » est ici à comprendre quasiment au sens pascalien du terme, dans son bref détournement d’une réalité terrifiante. Les atermoiements d’une âme bouleversée se traduisent avec puissance, entre concertino et ripieno, jouant sur les accents désespérés et le souvenir de la joie perdue des airs populaires où l’esthétique du compositeur se fonde. L’énergie de l’insouciance vient répondre à la tristesse. Et l’on est subjugué par la beauté de l’ensemble.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2021

Concert donné le 10 avril dans le cadre de l’édition numérique du Festival de Pâques 2021

Photographie : Festival de Pâques 2021 le 10 avril © Caroline Doutre

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