Vu par Zibeline

Serge Baudo (90 ans) épatant dans Pelléas et Mélisande à l'Opéra de Toulon

« De la musique encore et toujours ! »

• 29 janvier 2016 •
Serge Baudo (90 ans) épatant dans Pelléas et Mélisande à l'Opéra de Toulon - Zibeline

On est surpris d’emblée par la transposition contemporaine qu’imagine René Koering pour Pelléas et Mélisande, chef d’œuvre de Debussy représenté à l’Opéra de Toulon fin janvier 2016. Dans cette production, créée à Nice en 2013, Mélisande apparaît en bicyclette, Golaud chasse dans la forêt en costume trois pièces, Pelléas porte le jean et des vestes flashies, le patriarche Arkel chemine en fauteuil roulant… La mise en scène interprète avec liberté (d’aucuns diraient « trahit ») le livret tiré de Maeterlinck, comme lorsque Mélisande tombe dans les bras de Golaud après le meurtre de son frère (au lieu de s’enfuir !), ou quand elle jette ostentatoirement son anneau nuptial dans la « fontaine des aveugles » (enfin par une immense ouverture en persiennes derrière laquelle on imagine se trouver une fontaine…). Bref, ceux qui défendent la fidélité à l’auteur, sont insupportés par les relectures de metteurs en scènes démiurges, trouvent-là pain béni. Et si l’on s’attendait à voir tomber l’immense chevelure de Mélisande dans la fameuse « scène de la tour », érotico-symbolique, on ne peut qu’être déçu par un grand carré de tissu rayonnant censé la matérialiser…

FRED6342Et pourtant, malgré les incohérences, incongruités que génère parfois le propos « décalé » de Koering, en regard du texte déclamé, on est plutôt satisfait au sortir de la représentation du 29 janvier, et finalement heureux d’avoir assisté à ce Pelléas-là !

Parce qu’au fond…  pourquoi pas ? Parce que jouer aujourd’hui Pelléas et Mélisande  dans des costumes et décors médiévaux possède ses limites… celles du kitsch surtout ! Tout est « mystère » dans cet opéra animé par l’esprit du courant symboliste, au tournant du 20ème siècle, où rien n’est «  plus cher que la chanson grise, où l’Indécis au Précis se joint » (Verlaine – Art poétique). Parce que les hautes palissades en béton brut, grisâtres, qui servent de décors (Virgile Koering), sont fascinantes, fuyant l’ornement, générant de beaux espaces géométriques, des profondeurs de champ rehaussées de lumières (Patrick Méeüs) et de projections-vidéo liquides ou vaporeuses, stellaires… Parce que le détail réaliste, tel le suicide annoncé de Golaud, dès l’incipit, se mêle à l’escamotage, un peu comme dans les « jeux d’enfants » que pratiquent avec plus ou moins de naïveté le jeune couple (adultère?).

FRED6284… Et parce que la distribution toulonnaise est remarquable : Pelléas (Guillaume Andrieux) est un baryton clair et jeune, Mélisande (Sophie Marin-Degor) fragile en gamine secrète, Golaud (Laurent Alvaro) s’avère touchant dans ses tourments passionnels, Arkel (Nicolas Cavallier) grave et déclamatoire, Geneviève (Cornelia Oncioiu) ou Yniold (excellente Chloé Briot) en mère et fils bien campés, jusqu’au timbre superbe du Médecin (Thomas Dear… une basse à suivre!).

Car enfin c’est dans la musique que se joue l’essentiel de l’ouvrage , et le génie de Debussy illustre à souhait, en occurrence, le plus célèbre adage verlainien : « De la musique avant toute chose »… Parce que dans la fosse une légende de la musique française est à l’œuvre , magnifiant les textures sonores de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, ses tapis de cordes, couleurs pastels de vents et de cuivres… Serge Baudo est à la baguette depuis qu’en 1962 (!) il a dirigé (à l’initiative de Karajan) Pelléas et Mélisande à la Scala de Milan… Et on l’écoute encore… bluffés !

JACQUES FRESCHELFRED6407
Février 2016

Photos © Frédéric Stephan


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