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Vu par Zibeline

Entre souffle et cordes, s’abolissent les frontières

De la musique en trait d’union

Entre souffle et cordes, s’abolissent les frontières - Zibeline

Ode à la fraternité, au partage, à la conjugaison intime des mondes, le concert proposé par l’improbable duo François Heim (accordéon diatonique) Alexei Birioukov (balalaïka) tisse sa trame voyageuse entre Caucase et Cévennes, mêlant, croisant, sans jamais se perdre, les traditions musicales bulgares, roumaines, tziganes, russes, klezmer ou cévenoles. Michael Dian, les découvre en 2017 aux Joutes de Correns, et les invite à contribuer à la programmation du Festival de Chaillol dont il est fondateur. Le premier concert de la tournée traditionnelle de quatre représentations, marque de fabrique du Festival de Chaillol, était accueilli dans un merveilleux « bout du monde », la charmante église des Borels, dans la vallée de Champoléon. La salle comble offrait une acoustique idéale où se conjuguaient précision, jeux déliés, inventifs, complices, envolées lyriques et accélérations vertigineuses, en une palette subtilement colorée. Représentants des musiques traditionnelles et populaires issues d’univers différents, balalaïka et accordéon diatonique savaient se glisser avec aisance au cœur d’inspirations multiples. Le soleil cévenol ou des thèmes de Miquèu Montanaro rejoignaient les rythmes asymétriques de telle fantaisie sur des thèmes russes célébrant l’amour pour une certaine Ivana et les larges espaces d’une mer blanche de givres… Chaque musicien raconte son instrument : histoire, enracinements, répertoires dédiés… Attachés à des traditions rurales et populaires, (parfois regardées avec condescendance par les instruments « urbains » des grands orchestres), ils n’en sont pas moins les témoins de la créativité des peuples, vivace, féconde, riche de variations et de thèmes, portant un regard aigu et espiègle sur le monde. Alexei Birioukov évoque les tribulations de la balalaïka, considérée comme diabolique au XVIIème, interdite par le Tsar, puis devenue objet d’études poussées au conservatoire et dans les plus grandes académies de musique russe… Les capacités de l’instrument, doté seulement de trois cordes dont deux à l’unisson (mi, mi, la), sont ébouriffantes, mélodies complexes, déclinaisons virtuoses, sans oublier la caisse qui devient percussion et même instrument à vent, répondant aux souffles de l’accordéon dont les harmonies suivent la même prestesse. Émulation fructueuse où chacun s’éprouve, rend hommage au talent de l’autre… Alors que les Hautes Alpes connaissent tant de tragédies et de drames frontaliers, l’union fructueuse d’artistes venus l’un de France l’autre de Russie pourrait être à méditer…

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2018

Concert donné à l’église des Borels le 26 avril (puis à Avançon, Tallard, Les Orres) dans le cadre du Festival de Chaillol, Week-End musical 4.

Photographie : église des Borels, Alexei Birioukov et François Heim © MC