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Vu par Zibeline

De l’ombre romantique de Schubert à la création contemporaine, un concert magistral par l’ensemble Musicatreize

De la forme et du fond…

De l’ombre romantique de Schubert à la création contemporaine, un concert magistral par l’ensemble Musicatreize - Zibeline

Au Grand Théâtre de Provence, l’ensemble Musicatreize pratiquait un exercice fort apprécié des mélomanes, à la fois attachés à une tradition classique et ouverts à la musique d’aujourd’hui. C’est l’ombre romantique de Schubert qui est apparue dans le Miroir présenté par Roland Hayrabedian, les pièces de Philippe Hersant et la création mondiale proposée par Michel Petrossian pour une très belle soirée d’un Hiver en musique à Aix.

On fut d’emblée surpris par l’effectif : seize voix d’hommes pour des chœurs de Schubert, épique Nachtgesang im Walde avec son atmosphère chasseresse de sonneries de cors, fantastique Gesang der Geister über den Wasser et ses oppositions de lumières embrumées de cordes graves sans violon… L’homogénéité des pupitres, filant de la basse profonde au ténor aérien, a marqué les esprits, à l’image des Illuminations (2000) de Philippe Hersant épousant volontairement la formation atypique de Schubert, opus qui laisse filer l’imagination de son auteur au gré des poèmes de Rimbaud. Chez le musicien français, la langue romantique est un socle dont on s’écarte naturellement. L’écriture contemporaine est ici abordable, oscille entre apaisement et secousses, soutient ponctuellement la virulence d’un propos anticolonial avant de glisser vers une harmonie positive.

Dans les Amours sidoniennes, Michel Petrossian synthétise la formation cors, cordes et voix égales, pour jouer sur le double-sens d’une inscription funéraire découverte en Israël sur un site sémitique sidonien. Serait-ce une épitaphe poétique… ou un message d’amour codé entre deux amants séparés ? La musique, subtilement, présente des motifs courts qui s’égarent et se rejoignent, se diluent en écho, canons resserrés, se désynchronisent… Les appels vocaux sont lumineux, la déclamation scandée parfois brutale, en grec, s’apaise et trouve une belle parenthèse sensible (et didactique !) lors d’un remarquable dialogue en français des ténors Xavier de Lignerolles et Olivier Coiffet, avec un accompagnement instrumental en faux écho, épousant à souhait le propos… Comme on aime lorsque la forme épouse le fond !

JACQUES FRESCHEL
Février 2017

Schubert en miroirs, concert donné par Musicatreize le 21 janvier au GTP, Aix

Photographie : Ensemble Musicatreize © Guy Vivien


Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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