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Catherine Poulain aux Correspondances de Manosque

De la fiction pour comprendre le réel

Catherine Poulain aux Correspondances de Manosque - Zibeline

Michel Abescat déploie toute sa fine connaissance de l’œuvre de Catherine Poulain, pour évoquer son nouvel ouvrage, Le cœur blanc. Toute timide, comme surprise d’être là, elle se contente de formulations elliptiques, laisse parler les silences, acquiesce aux tentatives d’analyse de son interlocuteur, ne les prolonge pas, écoute, attentive, penchée sur les paroles dites, happée par ce métalangage qui n’est pas le sien. Elle avoue ses surprises ses doutes face à des personnages qui lui échappent, évoluent de manière inéluctable au-delà de la volonté de leur auteur, et semblent vouloir garder leur part de mystère, irréductible. Catherine Poulain évoque les suggestions que glissent ses lecteurs quant aux raisons qui motivent tel ou tel protagoniste. « Je ne sais pas » sourit-elle, ces êtres de fiction gardent leurs secrets, et ce n’est que la surface des choses qui est rendue, en une écriture superbe, sèche, nerveuse en phrases brèves, minimales, parfois habitée de fulgurances poétiques et lyriques. L’écrivain remet l’humain sur terre, lui rend sa dimension insignifiante par rapport à la nature. Le tragique, l’imbrication inéluctable qui préside aux évolutions des vies de ces taiseux qui parcourent le roman, accordent une puissance bouleversante à ces trajets, qui nous disent la fragilité et la dureté du monde. Son nouveau roman, dense, aux éclats saisissants, s’ancre dans la profondeur énigmatique des âmes, et la tragédie au revers du soleil.

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2018

Rencontre dans le cadre des Correspondances de Manosque 2018 (du 26 au 30 septembre)

Le cœur blanc, Catherine Poulain, éditions de l’Olivier, 18.50€

Photographie © MC