Deux essais parus chez Wilproject pour habiter la Terre autrement

De la démocratie à échelle biorégionaleLu par Zibeline

Deux essais parus chez Wilproject pour habiter la Terre autrement - Zibeline

Dans un format poche des plus agréables, facile à transporter et à dégainer dans toute situation d’attente, à la place d’un téléphone portable, les éditions marseillaises Wildproject publient de courts essais pour alimenter la pensée écologiste. Initiée en 2019, leur Petite bibliothèque d’écologie populaire compte déjà une vingtaine de titres, de quoi occuper des heures de lecture instructive. Au côté d’auteurs classiques comme Aldo Leopold (1887-1948), l’un des pères de la protection de la nature aux États-Unis, ou Rachel Carson (1907-1964), dont le livre sur le scandale des pesticides, Printemps silencieux, fit date, la collection fait place à des textes inédits.

Pour éclairer la notion de biorégionalisme, « mouvement qui nous invite à réhabiter la Terre », deux ouvrages sont ainsi parus en 2020 et 2021. Le premier, Le Grand Paris après l’effondrement, est un exercice de prospective qui imagine l’Île-de-France en 2050. Dans le scénario de Agnès Sinaï, Yves Cochet et Benoît Thévard, la société thermo-industrielle s’est poursuivie jusqu’à se fracasser contre le mur du chaos climatique, la pollution et la chute de la biodiversité. La métropole a connu un contre-exode urbain, la numérisation de masse s’est interrompue faute d’énergie suffisante, les vélos et la traction animale ont remplacé la voiture individuelle. « Par nécessité de trouver une solution démocratique à l’impuissance des États-nations devant les désastres écologiques et sociaux des années 2020 (sans doute davantage que par adhésion idéologique à une forme d’autogestion) » les citoyens ont opté pour « une France fédérale dans une Europe fédérale ». Ils fonctionnent désormais à l’échelle des biorégions, soit « un territoire dont les limites ne sont pas définies par des frontières politiques, mais par des limites géographiques qui prennent en compte tant les communautés humaines que les écosystèmes ». La moitié de la population francilienne exerce un métier lié à l’agriculture ou à l’alimentation. Pour survivre, il a fallu se ré-intéresser, collectivement, à ce qui pousse et aux cycles de l’eau, au sein d’un bassin versant. Tout cela n’est pas advenu sans douleur, mais pour les auteurs, c’est la sobriété qui permettra aux sociétés humaines de perdurer, en laissant de l’espace au monde sauvage.

Dans le second livre, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, dialogue entre l’architecte Mathias Rollot et l’ethnologue Marin Schaffner, on comprend en quoi nos habitats urbanisés, hyper congestionnés et artificialisés, ont un caractère totalitaire. Ces usages, qui ne laissent pas place au vivant, ne sont envisageables que dans une dépendance extrême au pétrole et au nucléaire, vouée à tout détruire. Donc, « il faut faire en sorte que l’Anthropocène soit la période la plus courte possible ». Pour mettre un terme à sa toxicité, les deux auteurs invitent, par un autre récit que celui du contrôle et de la domination, à reconnaître nos obligations envers les écosystèmes. Comme le font les peuples autochtones depuis des millénaires… Mathias Rollot et Marin Schaffner rappellent que l’hypothèse de base du biorégionalisme, conceptualisé dès les années soixante en recourant aux cultures indigènes, au féminisme et au communalisme, est de ne rien attendre des dirigeants : « la solution ne peut venir que des gens, car on ne peut pas faire d’écologie contre eux ». « Ce modèle théorique, écrivent-ils, cherche au fond à mettre en lumière la possibilité, voire l’intérêt, d’une société sans État. ».

GAËLLE CLOAREC
Février 2022

Le Grand Paris après l’effondrement
Agnès Sinaï, Yves Cochet, Benoît Thévard
Éditions Wildproject, 10 €

Qu’est-ce qu’une biorégion ?
Mathias Rollot, Marin Shaffner
Éditions Wildproject, 12 €