Washington Black d'Esi Edugyan, traduit aux éditions Liana Levi

De la Barbade à la libertéLu par Zibeline

Washington Black d'Esi Edugyan, traduit aux éditions Liana Levi  - Zibeline

Le dernier roman d’Esi Edugyan, Washington Black, s’inscrit dans l’histoire du XIXe siècle, et suit le parcours de Washington Black, un jeune garçon de onze ans au début du récit, esclave dans une plantation de cannes à sucre à la Barbade. Il doit son nom à la fantaisie du « maître », et vit protégé et élevé par Big Kit, une esclave qui domine tous les autres tant par sa taille que par le fait qu’elle est une « Saltwater, une sorcière dans l’ancien Dahomey ». Elle sait déjà que l’enfant aura une destinée hors normes, « tu auras (…) une vie de nombreuses rivières ». Et en effet, Washington Black va être « prêté » par le maître à son frère, savant fantasque, surnommé Titch, pour l’aider dans ses recherches et le décollage depuis le mont Corvus Peak du « Fendeur-de-nuages », un ballon dirigeable. Le talent inné pour le dessin de l’enfant, son apprentissage rapide de la lecture, sa curiosité, son intelligence, lui octroient une place à part auprès de Titch. Mais il est accusé du meurtre d’un blanc qui s’est suicidé sous ses yeux. Titch s’enfuit avec lui, cherchant à éviter d’assumer des fonctions qui lui déplaisent, pour retrouver son père dans le Grand nord… Aventures rocambolesques, des glaces de l’Arctique à la Nouvelle Ecosse, l’Angleterre puis la Hollande et enfin le Maroc, avancées de la science, travail des biologistes, création des premiers zoos, réflexions sociologiques, tout est mené avec brio en une trame serrée, palpitante. Washington Black grandit, rencontre des êtres qui le soutiendront, d’autres qui le traquent dans un monde où il semble ne jamais devoir trouver sa place. On le voit en butte avec des personnes qui lui affirment : « Est-il naturel de séparer des êtres inférieurs de leur véritable et juste destin ? ». Ses qualités en font même pour certains un objet de curiosité, si bien qu’« il était peut-être impossible pour lui de croire profondément à l’égalité » et à sa propre valeur. La conquête de la liberté ne consiste pas uniquement à s’installer dans une terre qui nie l’esclavage, mais aussi à s’affranchir soi-même de la gangue de préjugés et de barrières qui lui a été si profondément inculquée. Un roman profond et passionnant !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2019

Washington Black Esi Edugyan, traduction de l’anglais (Canada) par Michelle Herpe-Voslonsky
éditions Liana Levi, 22 €