Retour sur L’amour et les forêts, l'adaptation du roman d'Éric Reinhardt avec Isabelle Adjani

De guerre lasse

Retour sur L’amour et les forêts, l'adaptation du roman d'Éric Reinhardt avec Isabelle Adjani - Zibeline

Tous les ingrédients d’un moment de théâtre exceptionnel étaient réunis pour le dernier spectacle de la saison du Liberté, scène nationale de Toulon. Laurent Bazin à la mise en scène, ex-lauréat à la Villa Médicis en 2015-2016, Éric Reinhardt auteur du roman multi primé L’Amour et les forêts, la voix et l’image vidéo d’Isabelle Adjani en fantôme délicat de l’héroïne Bénédicte Ombredanne, et de très bons acteurs. Las ! L’adaptation théâtrale transforme l’intrigue en une vulgaire histoire de boulevard où un mari acariâtre, jaloux et violent maltraite sa femme, soumise durant dix ans mais rebelle un jour, parents d’une pré-ado survoltée au visage et aux membres masqués de noir. Pourquoi un tel anonymat ? Mystère…

La lourdeur de la pièce tient, sans doute, à une scénographie prétentieuse : recours abusif des dialogues par voix off interposées au point que les acteurs conservent leurs micros attachés à la taille dans les scènes d’amour dénudées (sic) ; la permanence de la pénombre transpercée de lumières tournoyantes et l’usage de gadgets high-tech (ah, les machinistes, ridiculisés sur leur hoverboard !) ; une création sonore stridente superposée aux voix amplifiées jusqu’à saturation totale ; les ombres projetées sur le rideau circulaire pour nous signifier la fragilité de la forêt, sa densité inquiétante, métaphore de l’impermanence des sentiments, de la folie des hommes et de la noirceur des âmes.

Ce texte sur l’enfer conjugal, avec ses petits mensonges et ses grandes bassesses, dont le lyrisme et le symbolisme –l’auteur évoque littéralement les héroïnes de Villiers de l’Isle Adam– lui ont valu la reconnaissance des lecteurs et de la critique, est mis à mal et résonne sur scène avec la lourdeur d’une enclume. On rêvait d’une évocation à fleuret moucheté de l’expérience émotionnelle d’une femme héroïque, on se noie dans une surabondance d’effets d’ombres, de voix, de technologie superfétatoires.

MARIE-GODFRIN GUIDICELLI
Juin 2017

L’amour et les forêts a été joué les 30 et 31 mai au Liberté, scène nationale de Toulon

Photo : © Svend Andersen


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr