Soirées littéraires et musicales au Fort Saint-Jean: un Plan Bis en poésie

De grandes voix sous les étoilesLu par Zibeline

• 21 août 2020 •
Soirées littéraires et musicales au Fort Saint-Jean: un Plan Bis en poésie - Zibeline

La quatrième édition du festival Oh les beaux jours ! qui aurait dû se dérouler fin mai a été annulée, comme beaucoup d’autres manifestations culturelles et artistiques. Et même si les invités ont répondu présent en offrant de délicieuses pastilles numériques aux amateurs de « frictions littéraires », rien ne vaut la présence, la scène, la relation en live entre les artistes et leur public. C’est pourquoi Fabienne Pavia et Nadia Champesme, les organisatrices de l’événement, ont accepté l’invitation du Mucem à rejoindre la programmation de son Plan Bis. Histoire d’y croire quand même…en proposant trois soirées littéraires et musicales dans l’écrin enchanteur du fort Saint-Jean. Vue sur mer (somptueux couchers de soleil en prime), nuits étoilées, air frais (mais pas trop), transats ou gradins, on oublie vite les nécessaires mais contraignantes procédures d’entrée sur le site. Et on profite de la magie retrouvée.

De la Martinique…

Anna Mouglalis dit d’abord sa grande joie de retrouver la scène, puis quelques mots pour l’ONG SOS Méditerranée dont le navire Ocean Viking est toujours bloqué en Italie et dont elle soutient activement la cause, afin que notre mer « ne devienne pas un cimetière ». Une comédienne engagée, qui a choisi un texte engagé, le tout premier de celui qui allait devenir un des hérauts de la négritude. Aimé Césaire a écrit Cahier d’un retour au pays natal en 1939. Une vision tout sauf idyllique de sa Martinique natale, et un réquisitoire en règle contre les méfaits de la colonisation.  Une prose poétique à l’intensité intacte, que la voix si particulière d’Anna Mouglalis porte avec ferveur. L’accordéon d’Elodie Soulard accompagne brillamment ce texte puissant, à la langue tout ensemble ordurière et savante, au rythme lancinant, aux imprécations vives. Des « mots de sang frais », un texte complexe et vibrant, que la comédienne empoigne et fait claquer, dans un flow qui lui restitue toute sa richesse, toute sa violence, tout son amour aussi pour « ceux sans qui la Terre ne serait pas la Terre ». Une performance remarquable pour ces deux artistes passionnées, qui plongent dans la transe des sons et des mots, et ne « craignent dégun », même pas le mistral qui s’en mêle à la fin !

… à la Provence

Autre soir, autres cieux. Ceux de Haute-Provence cette fois. Pour Le bruit du blé, un spectacle inspiré de Que ma joie demeure de Jean Giono. Une autre grande voix du vingtième siècle que le chanteur Gaël Faure a choisi de faire entendre en une série de tableaux extraits de ce roman qu’il chérit entre tous. Ce jeune auteur-compositeur-interprète est un ardent défenseur de la cause écologiste, ses chansons en témoignent ; rien d’étonnant à ce que la prose élémentaire et charnelle du Manosquin, son attachement à la terre, sa connaissance des lieux, du labeur et des hommes l’aient touché. Ce soir, c’est la création. Sur scène, ils sont deux. Le comédien Nicolas Martel, qui incarnera Jourdan (personnage central du roman de Giono) et lui Gaël Faure, narrateur, chanteur (très belle voix aux modulations étonnantes) et musicien, mais également acteur puisqu’il sera Bobi, le saltimbanque venu apporter un message de joie et d’espoir sur le plateau Grémone. Un projet ambitieux dans lequel les deux hommes s’engagent à fond, offrant quelques moments de grâce où le verbe de Giono résonne à plein dans sa rude sensualité. Sans doute faudrait-il aller davantage à l’épure, en ôtant certains éléments scénographiques. Peut-être serait-il bon aussi que le narrateur revienne à la fin, pour mettre un terme plus net à cette traversée du roman. Une première pleine de promesses néanmoins. À  (re)voir aux Correspondances de Manosque fin septembre.

FRED ROBERT
Août 2020

La lecture musicale de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire  et le spectacle Le bruit du blé (inspiré du roman Que ma joie demeure de Jean Giono) ont été données les 12 et 14 août au Mucem (esplanade du fort Saint-Jean).

À venir
Le prochain spectacle proposé par Oh les beaux jours ! dans le cadre du Plan Bis aura lieu le 21 août à 21h. Concert dessiné avec les dessinateurs Alfred et Charles Berbérian et les musiciens JP Nataf et Bastien Lallemant. Jauge limitée, réservation obligatoire auprès du Mucem : 04 84 35 13 13

Photographie : Plan Bis 2020 © Julie Cohen / Mucem

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