La Société du Dé d’Avicen Riahi au théâtre des Ateliers

Dé-fier ou dé-ifier le hasard ?Vu par Zibeline

La Société du Dé d’Avicen Riahi au théâtre des Ateliers - Zibeline

Depuis Mallarmé, on se plaît à seriner qu’ « un coup de dés jamais n’abolira le hasard ». En 1971, l’auteur américain, Luke Rhinehart (de son vrai nom Georges Powers Cockcroft) érigeait dans son roman L’Homme dé, le hasard comme nouvelle règle de vie : son personnage, Luke Rhinehart, psychiatre, lassé du train-train, commence à jouer ses actes au dé, assignant à chaque chiffre des faces du dé telle ou telle option, (certaines étant totalement hors de toute morale). Ce procédé va peu à peu régler toute sa conduite, et il va laisser le hasard décider de ses actes, et ce jusqu’à l’absurde. De cette contrainte naît une étrange liberté : se confiant aux « décisions » du dé, l’être abandonne toute responsabilité, devient l’instrument de ce que les nombres lui prescrivent, toute autre règle étant abolie… Le dramaturge et metteur en scène Avicen Riahi s’empare du sujet et construit à partir du texte de Cockcroft une pièce décapante, La Société du dé (créée au Théâtre du Petit Matin à Marseille les 1er et 2 février 2019). Drapé dans un grand drap blanc, ainsi que deux mannequins de vitrine, le personnage attend son heure, se dévoile, comme pour une nouvelle naissance, et fait entrer le spectateur dans son univers où le syllogisme règne et où affleurent les références littéraires : émergent dans le flux du discours la figure de Robinson, l’acte gratuit du Lafcadio de la sotie de Gide, Les caves du Vatican, des échos de spectacles de Jonathan Capdevielle… Boris Bayard, seul en scène, tient cette véritable performance d’acteur de bout en bout avec une maestria flamboyante, sait passer d’un registre à l’autre avec pertinence et finesse. (Les variations d’expression du visage sont d’une subtilité extrême). Le tout est baigné dans les lumières d’Hadrien Bayard. Même si, parfois, le texte souffre de certaines longueurs, (on croit arriver à une conclusion, la tension narrative se distend, puis un nouvel élément fait tout rebondir, jusqu’à l’épuisement), cette proposition nous offre un pas de côté qui permet un regard renouvelé sur notre société et ses critères de réussite…

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2020

Le 3 février, théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence

Photographie : Boris Bayard © D.R.