L'ensemble Parnassie du Marais à la Bastide de la Magalone

De Cordoue à VeniseVu par Zibeline

L'ensemble Parnassie du Marais à la Bastide de la Magalone - Zibeline

Quatre musiciens habités, d’une rare complicité: écoute de l’autre, respiration, enchaînements pertinents, sans temps morts, arrangements brillants, alternance de rythme binaire, ternaire, dans l’esprit des danses de la Renaissance et de l’époque baroque. Sur un héritage parfois maigre, une seule ligne mélodique, une basse continue à peine ébauchée, l’Ensemble Parnassie du Marais, nous offre un récital de toute beauté. Lucile Pessey, soprano, assise, mélancolique, sublime d’intériorité dans des berceuses séfarades : « Durme querido hijico ». Legato, velouté, la voix déroule les arabesques ornées avec l’accompagnement subtil et sensuel de Jean-Michel Robert à la cetera, instrument corse à cordes pincées, huit chœurs de cordes, rappelant le cistre. El Cancionero de Palacio est un joyau précieux du répertoire espagnol, interprété dans les Cours itinérantes des Rois Catholiques. Fata la parte et Din di rin din de Juan Del Encina, moments de vies croustillants sur l’amour passionnel ou déçu. La guitare baroque entraîne l’ensemble dans des sommets musicaux. On laisse la Cour de Ferdinand et d’Isabelle pour se délecter du génie de Gaspar Sanz dans une Zarabanda endiablée où les quatre musiciens se déchaînent dans un thème dansant, varié à souhait. Saluons le talent du percussionniste Mathias Autexier qui du daf, zarb, oudou, cajun, imprime le tempo, pulse, impulse, une énergie sans heurts ou des accents discrets, si expressifs. La composition personnelle Foliaire de Jean-Michel Robert est étonnante, baroque dans sa diversité rythmique, très rock dans ses accents, intemporelle. Une seconde partie nous emmène en Italie. Debout, Lucile Pessey est reine dans Amarilli, mia bella, petit bijou de Caccini. Souffle, ligne et de beaux graves posées avec délicatesse. Autre moment de grâce : Se dolce è il tormento de Monteverdi. Brigitte Tramier, clavecin, orne le thème, guirlandes de gammes, arpèges, agréments, dans une interprétation exceptionnelle, comme dans toutes ses interventions. Si mantiene il mio amor, voix et clavecin, planant. Trois danses instrumentales (Ungaresca, Danse vénitienne, Schiarazulla), où l’on découvre le luth sopranino, cher à Vivaldi. Un très beau moment de musique, vocale, instrumentale, survol magistral de plusieurs siècles, hommage aux musiques du passé, si modernes dans leur ouverture vers l’improvisation, l’arrangement, sublimé par cette vision ethnomusicologique dépoussiérée et magistrale de l’Ensemble Parnassie du Marais.

YVES BERGÉ
Décembre 2014

Bastide de la Magalone-Cité de la Musique

Vendredi 5 décembre 2014

Ensemble Parnassie du Marais

De Cordoue à Venise

image: Parnassie-du-Marais-c-X-D.R.

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